La 5e édition du Salon du patrimoine culturel immatériel, a été lancée, ce dimanche 13 octobre 2024, à la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.Organisée par la direction de la culture et des arts en collaboration avec l’APC de Larbaa Nath Irathène, cette édition a été dédiée à la mémoire à Chikh Ouali Mohand Amokrane, dit « Mokrane Agaoua », dont les champs spirituels avaient bercé nos mémoires. Ecouté de génération en génération, sa voix avait retenti dans chaque maison à travers notamment ses productions.
Un riche programme au menu
En effet, le programme de la manifestation s’étalera jusqu’au 15 de ce mois et sera marqué par une série d’expositions dont une exposition dédiée à la vie et l’œuvre de Cheikh « Mokrane Agaoua », une exposition autour du patrimoine culturel immatériel algérien, classé patrimoine de l’humanité avec le Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques (CNRPAH), une exposition avec les zaouïas (Sidi Ali Moussa, Sidi Mansour et Cheurfa N Bahloul ), une exposition sur les produits du terroir et les savoirs faire traditionnels (la canne, teinture naturelle, la forge, le bijou, la poterie, le travail du bois, l’habit traditionnel …), une exposition avec les associations : Yakoubi Ferhat de Bouzeguène et Ameziav N Lehna d’ Irdjen et une exposition sur les plantes médicinales avec Mme Ifrah Zaïna et Mme Ben Chabane Farida.
Des fonts de livres sur le patrimoine seront également présentés. Ces ouvrages proviennent notamment de la Bibliothèque Amar Saïd Boulifa à la Maison de la Culture Mouloud et des travaux de recherche du département de Langue et Culture Amazighs de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou.
Entre souvenirs et évocations
Le coup d’envoi a été donné dimanche après-midi, à la maison de la culture, avec des témoignages et des interventions, dont le Dr Said Bouizri, M. Slimane Hachi et M. LADJ Mokrane, un compagnon de cheikh Mokrane Agaoua et par des chants spirituels avec la troupe de « Lakhouane », la troupe de cheikh Mokrane Agaoua, troupe de la zaouïa de Sidi Amar Oul-Hadj de Bouzeguène et la troupe Lakhouane Tamgout de Yakouren. Un récital poétique avec M.Ali Ahmed, est aussi prévu.
Ce lundi 14 octobre, deuxième jour des activités, une conférence autour du patrimoine culturel immatériel « Mokrane Agaoua un chantre de légende », sera présentée par M. HADID Hocine, auteur, suivie de d’une autre conférence intitulée « Chant mystico-religieux comme élément de transmission d’une pédagogie religieuse, cas de Hadj Saïd Ath Fniq », par M. Bouache Yacine, responsable de la zaouïa Sidi Mansour.
Un « monument » à préserver et enseigner
Le 15 octobre, marquant le dernier jour des activités, à 10h, les organisateurs ont concocté, une cérémonie de mariage traditionnel avec l’association « TAFATH » de Bouzeguène, à 11h, une cérémonie de circoncision avec l’association culturelle Tamgout de Yakouren et un atelier de conte avec Madame Belckacem Farida (Tiziri N’Tizi). Et un atelier de tatouage « Tichrad » avec Madame Zouba Ouardia.
S’exprimant à l’ouverture de ces journées, la directrice de la culture et des arts, Mme Nabila Goumeziane a affirmé que « cette 5e édition du salon du patrimoine immatériel est en hommage au chantre Mokrane Agawa, qui a marqué les esprits de plusieurs générations par sa sagesse son savoir-faire, ses valeurs et surtout son aura charismatique ».
« Il a marqué notre culture par ce chant spirituel qu’il a porté aux côtes d’hommes et de femmes d’une manière magistrale. Ses chants religieux sont un patrimoine immatériel de nos aïeux à préserver », a-t-elle estimé.
Un parcours exceptionnel !
De son vrai nom Ouali Mohand Amokrane, Mokrane Agaoua avait une voix magique qui consolait la douleur lors de veillées funéraires.
Ses chants étaient largement repris lors des fêtes religieuses. « Lorsqu’il apparaissait dans la maison d’un décès, la tristesse reculait », dit-on de lui. Ses chants apaisants apportés du réconfort dans les circonstances les plus pénibles. Ses mots donnaient du courage.
Ouali Mohand Amokrane, dit Mokrane Agaoua
C’est au sein de la zaouïa Sidi Amar Oulhadj de Bouzeguène que ce grand artiste avait acquis la maîtrise de ce chant. Né en 1926 dans le village d’Aït Atteli à Larbaa Nath Iratène, c’est auprès du prestigieux cheikh de musique andalouse, Sadek Abjaoui et de son frère Abdelouahab qu’il a complété sa formation musicale. Et c’est sur les ondes de Radio-Bougie qu’il a commencé sa carrière artistique. Il y a gagné la célébrité de 1950 à 1962.
En 1956 il avait chanté Larbâa Nath Irathen athin ou mizin essouar (Larbaâ Nath Irathen, la forteresse). Cette dernière lui valut des ennuis avec le directeur de la radio, un officier de l’armée française. Après l’indépendance, Mokrane Agaoua, a occupé des postes de direction au sein de l’ONAT. Il a réintégré plus tard la radio nationale et démissionne en 1972. Le cheikh a enregistré une dizaine d’albums. Décédé à l’âge de 83 ans à son domicile familial d’Aït Atteli, Cheikh Mokrane Agawa a été enterré dans son village natal.
K.T