Devant la commission parlementaire des affaires économiques, le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, a détaillé les réformes structurelles engagées pour faire des exportations hors hydrocarbures un levier stratégique de croissance durable.
Ainsi, le « monsieur exportations » du gouvernement Sifi Ghrieb, s’est présenté devant les sénateurs de ladite commission avec la ferme intention de défendre son bilan à la tête de ce secteur stratégique, mais aussi exposer sa feuille de route pour l’exercice en cours, et ce, dans le but d’être au diapason des engagements pris par le président de la République, M.Abdelmadjid Tebboune.
Un cap stratégique assumé vers la diversification
En effet, Kamel Rezig soulignera d’emblée que l’Algérie a «définitivement rompu» avec les approches conjoncturelles en matière de commerce extérieur. Lors de son audition devant la Commission des affaires économiques, du développement, de l’industrie, du commerce et de la planification, présidée par Mme Samira Berhoum, il a insisté sur le caractère structurel et stratégique de la politique nationale de promotion des exportations hors hydrocarbures.
Cette orientation, a-t-il précisé, s’inscrit pleinement dans la vision du président de la République visant à réduire la dépendance aux hydrocarbures, à valoriser les capacités productives nationales et à créer une valeur ajoutée durable à travers une meilleure insertion de l’économie algérienne dans les marchés internationaux.
Une profonde refonte de la gouvernance du commerce extérieur
Dans cette dynamique, le ministre a annoncé une restructuration en profondeur de l’architecture institutionnelle du commerce extérieur. Ainsi, la dissolution de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX) a ouvert la voie à la création de deux nouvelles instances nationales spécialisées : l’une dédiée à la promotion des exportations hors hydrocarbures, l’autre chargée du suivi et de l’encadrement des importations.
Cette nouvelle organisation vise, selon lui, à clarifier les prérogatives, à renforcer la régulation du marché et à garantir le respect strict du cadre légal et réglementaire en matière d’importation et d’exportation. À ce titre, deux projets de décrets interministériels définissant l’organisation interne de ces structures sont actuellement en phase finale d’examen, tandis que le projet de loi sur le commerce extérieur est en cours d’étude au niveau du Secrétariat général du gouvernement.
Des filières exportables clairement identifiées
En outre, M. Rezig a rappelé que la stratégie ministérielle repose sur le soutien ciblé des filières à fort potentiel de positionnement international. Il s’agit notamment des industries agroalimentaires, des produits agricoles, des équipements électroniques et électroménagers, des matériaux de construction, mais aussi des services. Ces secteurs, a-t-il souligné, disposent d’atouts importants encore insuffisamment exploités, justifiant une action publique renforcée afin d’améliorer leur compétitivité sur les marchés extérieurs.
Élargir la base des exportateurs et professionnaliser l’activité
Dans le même esprit, le ministre a mis l’accent sur la volonté d’élargir la base des exportateurs, en intégrant davantage les petites et moyennes entreprises, les artisans, les agriculteurs ainsi que les start-up. Cette approche est accompagnée par la promotion du métier de trader professionnel, permettant de dissocier les fonctions de production de celles de commercialisation à l’international.
En matière de facilitation, la libéralisation de l’acte d’exporter et la simplification des procédures ont permis d’élargir significativement le nombre d’opérateurs. Ainsi, au cours des dix premiers mois de 2025, près de 1 800 exportateurs ont été recensés, dont 788 vers l’Afrique, 961 vers l’Europe et 430 vers les marchés asiatiques, certains ayant exporté vers plusieurs continents.
Le FSPE, pilier central du soutien aux exportations
Au cœur du dispositif de soutien figure le Fonds spécial pour la promotion des exportations (FSPE). Ce mécanisme prend en charge une part importante des coûts de transport international ainsi que les frais liés à la participation aux foires et salons internationaux.
À ce titre, environ 1 800 dossiers ont été traités et indemnisés au titre de l’année 2025 via la plateforme numérique dédiée.
Afin d’assurer la pérennité financière du fonds, plusieurs mesures ont été intégrées dans la loi de finances 2026, dont l’augmentation de sa quote-part sur la taxe intérieure de consommation à 10 %, ainsi que l’instauration d’une contribution de 500 DA sur la délivrance des certificats d’origine à l’exportation.
Numérisation et simplification des procédures
En outre, une attention particulière a été accordée à la digitalisation des mécanismes de soutien, avec la relance et le développement de plusieurs plateformes numériques. Celles-ci concernent notamment le suivi des accords conclus lors des salons internationaux, la gestion des contrats issus de la Foire commerciale intra-africaine organisée à Alger, ainsi que la traçabilité des matières issues de déchets ferreux et non ferreux.
À cela s’ajoute la préparation du guichet unique des exportateurs et d’une plateforme de prise de rendez-vous destinée aux opérateurs économiques, dans l’objectif de renforcer la transparence, réduire les délais de traitement et améliorer la qualité de la prise en charge.
Réduction des coûts logistiques et soutien au transport
S’agissant de la logistique, le ministère a conclu plusieurs accords avec des opérateurs de transport maritime, aérien et terrestre, dont le Groupe algérien de transport maritime (GATMA), Air Algérie Cargo et Logitrans. Ces conventions ont permis l’indemnisation de 778 dossiers via Air Algérie Cargo, 59 via GATMA et 39 via Logitrans, contribuant ainsi à alléger les charges supportées par les exportateurs.
Une diplomatie économique active et une présence accrue à l’international
Sur le plan de la promotion commerciale, l’Algérie a participé en 2025 à 15 salons et foires internationales, réunissant plus de 280 exposants, tout en organisant plusieurs manifestations nationales majeures. La Foire commerciale intra-africaine s’est notamment soldée par la conclusion de contrats d’exportation d’une valeur globale de 11,4 milliards de dollars, dont 7 milliards de dollars de contrats effectifs.
Par ailleurs, un programme ambitieux est déjà arrêté pour 2026, comprenant plus de 26 événements économiques internationaux ainsi qu’un programme national couvrant 28 wilayas, afin de renforcer la visibilité des produits algériens et de promouvoir la marque « Made in Algeria ».
Une approche fondée sur le dialogue et l’accompagnement de terrain
Enfin, le ministre a insisté sur l’importance du dialogue permanent avec les opérateurs économiques, à travers des rencontres régulières et une concertation continue avec les organisations professionnelles et patronales, telles que l’ALFEX, l’ANEXAL et la CREA. Cette démarche vise à identifier les contraintes, proposer des solutions concrètes et transmettre les recommandations aux plus hautes autorités de l’État.
Vers un modèle exportateur durable et compétitif
En conclusion, Kamel Rezig a affirmé que la promotion des exportations hors hydrocarbures dépasse désormais le cadre d’une simple politique sectorielle. Elle constitue un chantier national structurant, reposant sur des réformes profondes, des outils opérationnels et une coordination institutionnelle renforcée, afin de positionner durablement l’Algérie comme un acteur économique crédible et compétitif sur la scène internationale.
