Moufdi Zakaria «ressuscité» à Béni Izguène

Ghardaïa: Moufdi Zakaria «ressuscité» à Béni Izguène

Une fois n’est pas coutume, et alors que d’habitude c’est dans son « berceau natal », Béni Izguène , qu’ont lieu les commémorations de son décès, c’est le 20 Août 2024 que se dérouleront à Skikda les journées commémoratives officielles à la mémoire du chantre de la révolution Algérienne, Moufdi Zakaria, décédé il y a 47 ans, le 17 Juillet 1977 à Tunis.

La date et le lieu des commémorations ne sont pas fortuits puisqu’ils coïncident avec les dates commémoratives de l’offensive du 20 Août 1955 dans le Nord Constantinois, dirigée de main de maître par le Chahid Colonel Zighoud Youcef.

Recueillement et commémoration

Ce qui n’a pas empêché quelques membres de sa famille d’organiser in situ, une visite sur sa tombe au cimetière de son K’sar natal, Béni Izguène (Ghardaïa), où a été récitée à sa mémoire « Sourate El Fatiha », en commémoration du quarantième septième anniversaire du décès du chantre de la Révolution Algérienne et auteur de l’hymne national Kassaman, composé en 1955 en prison, Moufdi Zakaria.

Cette commémoration, a été suivie d’une visite au musée, réalisé et inauguré il y a sept (7) ans en dehors des remparts millénaires de Béni Izguène, regroupant des photos et des manuscrits du grand poète de la révolution, incontestablement le poète le plus illustre de l’histoire de l’Algérie contemporaine et auquel un vibrant hommage sera rendu à Skikda , le 20 Août 2024. Lors de ces journées d’études, des conférences seront consacrées à la vie et l’œuvre de ce monument de la révolution algérienne et ce dans le but d’immortaliser ses œuvres et sa contribution à la Révolution algérienne. 

Une vie et des œuvres

Tour à tour des personnalités et quelques membres de sa famille se relayeront à la tribune pour rappeler à l’assistance le parcours révolutionnaire hors norme du père de l’hymne national. Celui qui a consacré toute sa vie à donner corps à un ensemble maghrébin après avoir consacré la première partie de sa vie à combattre par la plume le colonialisme français .

Pour preuve, il n’a vécu, et toute sa vie, que dans l’ensemble nord-africain. Pour retracer le parcours hors normes de Moufdi Zakaria, plusieurs ateliers et conférences sont prévus, lors desquels des poètes venus de divers horizons se pencheront sur les vers du père de l’Iliade Algérienne.

Le cercle des poètes disparus…

Pour rappel, le véritable nom de Moufdi Zakaria est  Cheikh Zakaria Ben Slimane Ben Yahia Ben Cheikh Slimane Ben Hadj Aissa. Le surnom Moufdi, devenu son pseudonyme littéraire, lui a été décerné par Slimane Boudjenah, son condisciple au sein de la Mission Mozabite en Tunisie. Il est né le vendredi 12 Djoumada El Oula de l’an 1326 de l’hégire, correspondant au  12 juin 1908, à Béni Izguen (Ghardaïa) où il reçoit son enseignement primaire (Coran et langue arabe). Il rejoint, ensuite, la Mission Mozabite, à Tunis, où il poursuit ses études, successivement, à l’Ecole Es-Salem, l’École El Khaldounia et l’Université de la Zeïtouna. Il fréquente les soirées littéraires organisées par le grand écrivain tunisien Larbi El Kebbadi et se lie d’amitié avec le poète tunisien Abou El Kassem Ech-Chabi et le poète Ramadhane Hammoud, son condisciple au sein de la Mission Mozabite. 

La poésie au service de la Révolution!

Son premier poème accompli est celui intitulé : « Aux gens du Rif », publié dans les journaux Tunisiens, « Lissane Ech-Chaab » (6/5/1925) et « Essawab », et égyptiens, « El-Liwae » et « El Akhbar ». Moufdi Zakaria a accompagné par sa poésie et son militantisme, le mouvement nationaliste à l’échelle maghrébine, adhérant, en Tunisie, pendant sa scolarité, à la Jeunesse Destourienne, ce qui lui a valu d’être incarcéré pendant quinze jours, et participant activement aux congrès des Etudiants d’Afrique du Nord, et militant, en Algérie, au sein de l’Etoile Nord-Africaine puis, du Parti du Peuple Algérien dont il devient l’un des dirigeants les plus en vue. Il est, alors, emprisonné de 1937 à 1939. Au lendemain du déclenchement de la Révolution armée, il adhère à la première cellule du FLN à Alger. Il est arrêté, jugé et condamné à trois années de détention, du 19 avril 1956 au 1er février 1959.

Un «chantre» de la cause Algérienne

À sa sortie de prison, il quitte clandestinement le territoire national en direction du Maroc puis, de la Tunisie pour y être soigné, par le Dr Frantz Fanon, des séquelles des tortures subies en détention. Il devient le porte-parole de la cause algérienne au Maghreb, à travers les organes de presse tunisienne et marocaine, et au Machrek, lors du Festival de la poésie arabe tenu à Damas, en 1961. Après l’indépendance, il réside, tour à tour, dans les pays du Maghreb avant de s’établir, à la fin de sa vie, au Maroc.

Il a, par ailleurs, activement participé aux séminaires sur la pensée islamique. Moufdi Zakaria  s’est éteint le Mercredi 2 Ramadan 1937, correspondant au 17 Août 1977, à Tunis. Sa dépouille mortelle a été transférée en Algérie pour être inhumée à Béni Izguen, à quelques cinq (5) km du centre-ville de Ghardaïa.

L’«Homère» du M’Zab…

Moufdi Zakaria est l’auteur des chants patriotiques suivants : l’hymne national algérien, « Fidaou El Djazair », Chant de l’emblème national algérien, Chant des Chouhada, Chant de l’Armée de Libération nationale, Chant de l’Union Générale des Travailleurs Algériens, Chant de l’Union des Etudiants algériens, Chant de la femme algérienne, Chant « Barberousse ». Il compte à son actif, également, le Chant du « Congrès du Destin » (Tunisie), le Chant de l’Union des femmes tunisiennes, le Chant de la bataille historique de Bizerte, le Chant célébrant l’évacuation du Maroc, le Chant de l’Armée marocaine….etc. Ses recueils publiés sont : « le feu sacré (1961), « à l’ombre des oliviers » (1966), « sous l’inspiration de l’Atlas » (1976), « l’Iliade de l’Algérie » en 1001 vers (1972). De nombreux poèmes publiés dans des journaux algériens, tunisiens et marocains n’ont pas été rassemblés en recueil.

Une œuvre à préserver et enseigner

Moufdi Zakaria, qui aspirait à le faire, a pourtant évoqué, dans ses déclarations, l’existence de recueils intitulés : « Chants de la marche sacrée » (Chants du peuple algériens révolté en arabe dialectal), « Elan » (livre sur la bataille politique en Algérie de 1935 à 1954), « le cœur torturé » (poèmes d’amour et de jeunesse), et d’un recueil réunissant les poèmes écrits dans sa prime jeunesse. Sa prose, foisonnante, est disséminée dans les organes de presse maghrébins. Moufdi Zakaria a révélé l’existence d’ouvrages non publiés jusqu’à ce jours, notamment : « Lumières sur la vallée du M’Zab », « Le Livre Blanc », « Histoire de la presse arabe en Algérie », « La Grande Révolution » (pièces de théâtre), « La Littérature arabe en Algérie à travers l’histoire » (en collaboration avec Hadi Labidi). Son immense œuvre se doit d’être rassemblée, protégée et enseignée aux générations futures. C’est un devoir…Et quel devoir !

D.K

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