La wilaya de Ghardaïa symbolise à tous les niveaux le vivre ensemble et la cohésion sociale entre les diverses communautés.
À Metlili, à 45 kms au sud de Ghardaïa, berceau ancestral des Châambas, une tradition initiée par feu El Hadj Mehaya Bouamama Ben Abdelkader et consistant à offrir un festin à l’honneur des hadjis de retour des Lieux Saints de l’islam se perpétue depuis plus de 75 ans.
Une tradition perpétuée depuis plus de 75 ans
En effet, récemment une grande cérémonie organisée par les enfants du défunt Hadj Mehaya Bouamama Ben Abdelkader, a rassemblé plus de 500 convives issus des deux communautés qui font la diversité de la vallée du M’zab, à savoir les Malékites et Ibadites. « C’est une tradition que nous avons hérité de notre père El Hadj Mehaya Bouamama Ben Abdelkader qui avait initié cette tradition en 1950 en l’honneur des hadjis, en les rassemblant autour d’un repas juste au retour des derniers Hadjis de l’année » nous informe son fils El Hadj Mehaya Hidjoudj, grand commerçant de la puissante tribu des Châambas.
Ainsi, c’est sous un imposant portrait de son père, l’initiateur de cette noble et louable tradition, sur lequel il est précisé qu’il était né en 1892 et décédé le 03/01/1991, soit à l’âge de 99 ans, que Hidjoudj Mehaya, membre d’une fratrie de 10 enfants, dont huit garçons et deux filles, narre aux journalistes présents les origines de cette tradition, initié par son père qui était un grand éleveur de bétail de la région.
Retour sur la genèse d’une tradition
Par la suite, notre interlocuteur reviendra sur la genèse de cette tradition et ses motivations. « Pendant la colonisation, et pour diverses raisons, ils étaient très peu à partir accomplir le pèlerinage aux lieux saints de l’islam. Les premières années, soit à la fin des années 50, mon père réunissait uniquement les hadjis de Metlili », a-t-il raconté.
Et d’ajouter « D’année en année, le nombre de pèlerins augmentait et mon père a eu l’idée, juste après l’indépendance du pays, de rassembler les hadjis de toutes les tribus et des deux communautés de la région, Ibadites et Malékites », fera remarquer notre vis-à-vis. Et de conclure « Ces rencontres permettaient entre autres de raffermir les liens de fraternité et de convivialité entre toutes les tribus et les communautés de la région. On venait de toute la vallée du M’zab, de Berriane, de Guerrara, de Ghardaïa et même de la lointaine El Menéa. Et aujourd’hui, pour ne jamais déroger à la règle, ils sont tous là. Vous pouvez les reconnaitre à leurs tenues traditionnelles, à leurs chèches et chéchia, typiques à chaque région, chaque tribu et chaque communauté. »
Plus de 500 convives au rendez-vous
Effectivement ils étaient plus de cinq cents personnes, Ibadites et Malékites, reconnaissables à leurs tenues traditionnelles, les immaculées Abayas et les chèches et chechias, venus de toutes les contrées de la wilaya de Ghardaïa qui, le temps d’un repas, succulent et bien consistant avec Chorba, couscous et méchoui, se sont rencontrés pour discuter de toute et de rien mais surtout de se rencontrer et se saluer chaleureusement.
El Hadj Yahia Bâamara, « Nadher Awkaf El Ibadia », personnalité éminente de la communauté Ibadite, en quelques sortes le superviseur général des Wakfs Mozabites était bien présent à côté d’El Hadj Bouhafs Bouameur, le président de la Fondation de la grande tribu des Châambas et de Djelloul Cheboui, secrétaire général de la wilaya, entouré de plusieurs membres de l’exécutif.
Ghaza et la Palestine dans tous les esprits
Ensuite, un membre des Azzabas du K’sar de Bounoura, et un des hadjis de cette année, conviés à cette rencontre festive et gargantuesque, ont bien souligné dans leurs interventions « l’importance de ce type de rencontre qui permet de rester unis quelques que soient les contraintes », mettant en évidence « les liens inamovibles entre tous les enfants de ce grand pays, l’Algérie. ».
À souligner que tous ceux qui ont eu à intervenir ont prié pour nos frères et sœurs à Ghaza, priant Dieu de préserver le troisième lieu de l’Islam « El Qods Echarif » et de permettre au peuple palestinien de recouvrer ses terres et sa liberté.
Enfin, la Palestine reste et demeurera toujours gravée dans le cœur des Algériens quels que soit le lieu où l’évènement. Comme l’a si bien dit un jour le borgne Moshé Dayan, l’ancien ministre de la défense de l’entité sioniste « les Algériens sont plus Palestiniens que les Palestiniens eux-mêmes » et ce en réponse à la célèbre citation du défunt président Houari Boumediene « nous sommes avec la Palestine, victime ou coupable ». Rien n’a changé depuis lors. C’est le même cri de rage des Algériens.
