Dans le domaine médical, la prise en charge des patients en situation d’handicap demeure un défi d’envergure, en particulier lorsqu’il s’agit de patients atteints de troubles complexes tels que la trisomie 21 (syndrome de Down) ou l’autisme.
Le service de chirurgie maxillo-faciale, esthétique et buccale de l’Etablissement hospitalo-universitaire « 1er Novembre 1954 » d’Oran, s’est imposé comme une référence nationale dans ce domaine, en assurant depuis trois ans un suivi méticuleux et personnalisé pour plus de 170 patients souffrant de ces pathologies.
Dans ce contexte une journée nationale sur la santé bucco-dentaire et la prise en charge des personnes handicapées, a été organisée samedi par l’EHU en collaboration avec l’association « Basmat El-Amel », en présence de spécialistes issus de divers domaines médicaux tels que la chirurgie, l’anesthésie, la réanimation, ainsi que des associations actives dans le secteur de la santé. L’événement a souligné l’importance des efforts déployés pour l’amélioration des soins aux patients handicapés, tout en renforçant les engagements futurs à travers des projets novateurs.
Un « challenge » de tous les instants !
Prendre en charge un patient souffrant d’un handicap, tel que l’autisme ou la trisomie 21, impose de nombreux défis, aussi bien sur le plan médical que social. Ces patients nécessitent des soins hautement spécialisés, adaptés à leurs particularités physiques et cognitives, ce qui rend la simple réalisation d’actes chirurgicaux ou de consultations bucco-dentaires bien plus complexe que pour la population générale. En effet, ces patients souffrent souvent de troubles comportementaux, d’anxiété accrue ou d’hypersensibilité, qui peuvent rendre l’interaction médicale délicate, voire éprouvante.
Le Pr Karim Hirèche, chef du service de chirurgie maxillo-faciale et esthétique de l’EHU
Le Pr Karim Hirèche, chef du service de chirurgie maxillo-faciale et esthétique de l’EHU, a rappelé, lors de son intervention à cette journée, la nécessité d’adopter des protocoles spécifiques afin de minimiser le stress et d’assurer des interventions chirurgicales en toute sécurité. L’un des défis majeurs réside dans le fait que ces patients ne sont souvent pas pris en charge dans leur environnement habituel, ce qui peut provoquer de l’agitation, rendant les soins d’autant plus compliqués.
Accompagner pour mieux soigner
Pour remédier à cette situation, une attention particulière est portée à l’accompagnement de ces patients dès leur entrée dans le service, avec des consultations spécialisées programmées chaque mercredi. Ces consultations permettent d’évaluer les besoins individuels et de préparer minutieusement les interventions futures en étroite collaboration avec les services d’anesthésie et de réanimation, garantissant ainsi une sécurité maximale pour chaque patient.
Rien que cette année, le service a réalisé 84 consultations spécialisées et 18 interventions chirurgicales, notamment pour des extractions dentaires chez des enfants et des adultes en situation de handicap mental. Ces opérations sont effectuées en collaboration avec le service d’anesthésie et de réanimation pour assurer la sécurité des patients durant l’intervention.
Un « havre de soins » à l’étude
Le manque d’accès à une scolarité adéquate pour ces enfants représente un véritable obstacle à la mise en place d’un suivi préventif, notamment dans le cadre de la santé scolaire, comme l’a rappelé le Dr Khadidja Khouja, spécialiste en chirurgie buccale et gingivale. Conscient des besoins croissants en matière de soins bucco-dentaires pour les enfants en situation de handicap, le service dirigé par le Pr Hirèche ambitionne d’aller plus loin.
Un projet de création d’une unité spécialisée en chirurgie dentaire destinée exclusivement aux enfants handicapés a été abordé au cours de cette rencontre. Cette unité, pensée comme un véritable « havre de soins », serait conçue en collaboration avec le service de réanimation pédiatrique de l’hôpital, afin d’offrir une prise en charge complète et sécurisée à ces jeunes patients. L’objectif de cette unité est double : d’une part, fournir un accès facilité à des soins adaptés, dans un cadre sécurisé et apaisant, pour des familles qui, souvent, peinent à trouver des solutions appropriées dans les établissements de santé traditionnels.
La création de cette unité viendrait combler un manque crucial dans la région d’Oran et de l’ouest du pays, où les familles sont fréquemment confrontées à une absence d’infrastructures adaptées à la prise en charge de leurs enfants présentant des handicaps physiques et mentaux.
Une approche « multidisciplinaire » pour une prise en charge optimale
Ce projet s’inscrit dans la continuité des efforts déployés par l’EHU « 1er Novembre 1954 » pour favoriser une approche multidisciplinaire dans la prise en charge des patients handicapés. En réunissant des spécialistes issus de divers domaines – chirurgie, anesthésie, réanimation et soins dentaires – l’hôpital vise à offrir un suivi médical personnalisé et rigoureux. La collaboration étroite entre ces différentes disciplines permet non seulement de garantir la sécurité des interventions, mais aussi de proposer des solutions innovantes adaptées aux particularités de chaque patient.
Plusieurs conférences ont mis en lumière des techniques spécifiques pour assurer des soins en toute sécurité. L’utilisation du gaz MEOPA (un mélange de protoxyde d’azote et d’oxygène), par exemple, a été intégrée aux protocoles de soins pour calmer les patients anxieux, facilitant ainsi l’accès aux soins dentaires sans traumatisme. Ce type d’innovation, associé à l’utilisation de techniques avancées comme les prothèses robotiques et les nouveaux outils d’anesthésie consciente, représente une avancée significative dans la qualité de la prise en charge des patients handicapés.
Grâce à son approche pluridisciplinaire, et à des projets innovants, l’établissement hospitalier-universitaire « 1er Novembre 1954 » d’Oran démontre qu’il est possible de concilier qualité des soins et respect des spécificités de chaque patient. Dans une société où les défis liés à l’inclusion des personnes handicapées demeurent nombreux, cet établissement offre une lueur d’espoir en montrant la voie vers une médecine plus humaine, plus accessible et plus adaptée.
M.H