Face à l’aggravation de la congestion dans plusieurs ports stratégiques, les autorités maritimes ont décidé de remettre en œuvre un mécanisme exceptionnel afin de limiter l’attente des navires en rade et de préserver la fluidité du commerce extérieur. Une mesure d’urgence qui s’inscrit dans une stratégie plus large de réforme du système portuaire national.
Ainsi et dans une note officielle datée du 6 janvier, la Direction générale de la Marine marchande et des ports (DGMMP) a ordonné la réactivation immédiate de la procédure de déroutement des navires vers d’autres ports, lorsque les infrastructures atteignent un seuil critique de saturation.
Un levier exceptionnel remis sur la table
En effet, adressée au PDG de l’entreprise publique Serport, gestionnaire des ports algériens, cette instruction traduit la volonté des pouvoirs publics de reprendre la main sur une situation jugée « alarmante » dans plusieurs plateformes portuaires.
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Cette décision s’inscrit dans le prolongement des orientations fixées par le Conseil des ministres du 2 juin 2024, qui avait érigé en priorité stratégique la réduction du temps d’attente des navires à un maximum de 24 heures.
Une congestion devenue structurelle
Si la mesure peut paraître radicale, elle n’est pas inédite. Dès le 4 novembre 2024, la DGMMP avait déjà alerté les consignataires maritimes sur leur obligation d’informer les armateurs de la possibilité d’un déroutement en cas de congestion prolongée. À cette période, certains ports, notamment celui d’Alger, avaient atteint des niveaux de saturation critiques.
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Cette situation avait eu des répercussions directes sur les coûts du transport maritime. Le groupe CMA CGM, l’un des leaders mondiaux du secteur, avait ainsi instauré une surtaxe de congestion portuaire de 150 euros par conteneur (EVP) sur les marchandises en provenance de l’Europe du Nord, ciblant explicitement les ports d’Alger, Béjaïa, Skikda et Oran.
Un enjeu vital pour l’économie nationale
La fluidité portuaire constitue un enjeu majeur pour l’économie algérienne, dont près de 95 % des échanges commerciaux transitent par voie maritime. Conscient de cette dépendance stratégique, l’État a porté à plusieurs reprises la question de la performance des ports au plus haut niveau.
Dès juin 2024, le président de la République avait appelé à l’élaboration d’une approche globale pour une nouvelle stratégie de gestion portuaire. Cette orientation s’est progressivement traduite par des décisions opérationnelles, visant à moderniser l’organisation et à accroître les capacités de traitement.
Travail en continu et nouvelles exigences
En février 2025, le chef de l’État a ainsi instruit le ministre des Transports de réorganiser en profondeur le fonctionnement des principaux ports du pays — Djen Djen, Alger, Béjaïa, Annaba, Oran et Mostaganem — en instaurant un système de travail en continu, 24h/24 et 7j/7. Un changement de paradigme destiné à absorber l’augmentation des flux et à réduire les goulets d’étranglement.
Un déroutement encadré pour éviter l’effet domino
La note du 6 janvier précise toutefois que le déroutement des navires ne saurait être appliqué de manière automatique ou désordonnée. L’objectif est d’éviter que la congestion ne soit simplement déplacée d’un port à un autre. Les navires concernés ne peuvent être redirigés que vers des ports offrant de meilleures conditions opérationnelles et des délais de prise en charge plus courts.
Deux critères essentiels doivent être pris en compte : la nature des marchandises transportées — notamment les produits sensibles, dangereux ou en vrac — ainsi que les capacités réelles d’accueil et de traitement des ports de destination.
Modernisation logistique sous pression
La réactivation de cette procédure s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation de la chaîne logistique portuaire. Selon les autorités, la généralisation du travail en continu a déjà permis d’enregistrer des améliorations notables. Parallèlement, la numérisation accélérée des procédures a renforcé la coordination entre les différents acteurs et réduit les délais administratifs.
Les chiffres témoignent toutefois de l’ampleur du défi. Au deuxième trimestre 2024, le port d’Alger a traité près de 2 millions de tonnes de marchandises, en hausse de 8 % par rapport à la même période de l’année précédente. Une progression encourageante, mais qui exerce une pression accrue sur des infrastructures déjà fortement sollicitées.
Un test pour la résilience du réseau portuaire
En réactivant le déroutement, l’État entend jouer un rôle de régulateur en temps réel du trafic maritime, en imposant une coopération renforcée entre armateurs, consignataires, gestionnaires portuaires et autorités publiques. L’objectif reste inchangé : garantir un temps d’attente en rade ne dépassant pas 24 heures.
Au-delà de l’urgence, cette mesure constitue un véritable test pour la résilience, la complémentarité et la capacité d’adaptation du réseau portuaire national, confronté aux exigences croissantes d’un commerce maritime en constante expansion.
