Invitée lundi 2 février 2026 sur TF1 dans l’émission En Toute Franchise, l’ancienne ministre socialiste Ségolène Royal est revenue sur son récent voyage en Algérie.
Ainsi, ce déplacement continue d’alimenter la polémique en France, notamment dans les cercles de la droite et l’extrême droite et dans les médias de Vincent Bolloré. Toutefois, Mme Royal assume pleinement sa démarche.
Entre Alger et Paris « tout est rompu »
En effet, la Présidente de l’Association d’amitié France–Algérie, Ségolène Royale affirme avoir agi dans un cadre associatif, avec pour but principal la reprise du dialogue et l’apaisement des relations entre les deux pays. La situation du journaliste français Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie, a été une des problématiques abordées lors de ce déplacement.
Ségolène Royal précise avoir rencontré son compatriote et obtenu l’accord pour son transfert vers un établissement pénitentiaire situé à proximité d’Alger. Une initiative qu’elle justifie par l’absence, selon elle, de canaux diplomatiques opérationnels. « Aujourd’hui, tout est rompu », affirme-t-elle sans détour.
Une histoire « douloureuse » ignorée par la France
D’après l’ancienne ministre, la tension entre les deux pays dépasse amplement le seul cadre consulaire. Elle évoque une rupture globale des relations franco-algériennes : économiques, diplomatiques et consulaires. « Les exportations sont interrompues, les ambassadeurs ont été rappelés, les services consulaires sont fragilisés », détaille-t-elle, se référant principalement aux difficultés rencontrées par les secteurs agricoles et industriels français.
Questionnée sur les facteurs ayant entrainés cette situation, elle refuse catégoriquement d’opposer la France et l’Algérie. Elle inscrit au contraire cette crise dans une histoire commune qu’elle qualifie de « douloureuse », marquée par les séquelles de la colonisation, jamais pleinement reconnues selon elle par la France. Une absence de reconnaissance qui continuerait d’empoisonner les relations bilatérales.
L’aveuglement politique de la France dénoncé
La rencontre avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune, vivement critiquée par certains responsables politiques français, est également défendue par Mme Royal. Elle rejette l’idée d’un régime algérien engagé dans une « guerre contre la France », et décrit un pays en pleine mutation économique, désormais largement autonome dans certains secteurs et attractif pour les investissements étrangers.
Selon elle, la France paie le prix d’un aveuglement politique et d’une instrumentalisation intérieure de la fracture franco-algérienne. Ségolène Royal appelle ainsi le gouvernement français à reprendre l’initiative diplomatique sans poser de conditions préalables.
Nunez sur les pas de Retailleau ?
Mieux, l’invitée de TF1 exhorte le ministre de l’Intérieur à se rendre à Alger, estimant que lier la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF) à la crise actuelle relève d’un prétexte masquant des échecs internes.
N’ayant pas encore échangé avec Emmanuel Macron depuis son retour, elle indique toutefois lui avoir demandé un rendez-vous. Le message qu’elle souhaite lui transmettre est clair : engager un geste fort de réconciliation et de reconnaissance.
Elle rappelle en outre, que l’Algérie ne réclame pas d’indemnisation financière, mais des actes symboliques concrets, à commencer par la reconnaissance des crimes de la colonisation, la restitution des archives, des objets culturels, des effets personnels de figures historiques comme l’émir Abdelkader et surtout des dépouilles humaines conservées en France.
La « responsabilité morale » de Ségolène Royal
Face aux allégations de calcul politique et d’ambitions présidentielles pour 2027, l’ex-ministre s’en défend fermement. « Ce n’est pas rentable politiquement », affirme-t-elle, dénonçant au contraire le silence et la « lâcheté » de la classe politique concernant ce dossier. Elle insiste sur la « responsabilité morale » envers les jeunes générations des deux rives de la Méditerranée, suggérant à bâtir une relation fondée sur la paix et la mémoire.
Enfin, interrogée sur des sujets de politique intérieure, notamment la proposition du MEDEF concernant un contrat de travail plus précaire pour les jeunes, Ségolène Royal s’y oppose catégoriquement. Elle alerte sur la précarité croissante de la jeunesse, l’anxiété sociale et les souffrances psychologiques, plaidant pour des politiques offrant des perspectives, en France comme en Algérie.
À travers cette prise de parole, Ségolène Royal relance ainsi un débat sensible mais central : celui de la place de la mémoire, de la reconnaissance et du dialogue dans la relation franco-algérienne, à un moment où l’absence de communication officielle semble avoir atteint un point critique.
