C’est le triste tableau que notre correspondant a constaté de visu en se déplaçant vendredi sur les lieux de la gare routière de Ghardaïa, à la sortie nord de la ville, sur la route nationale N°1, en direction de Laghouat.
Ainsi, beaucoup de personnes sur les quais de l’aire des taxis inter régions mais aucun véhicule en vue. Des femmes, des hommes, des enfants en groupes éparses complètement perdus, l’inquiétude palpable sur leurs visages, tournent en rond sans cesse.
Des citoyens livrés à eux-mêmes
En effet, aux abords de cette gare, un fonctionnaire nous interpelle « Je suis là depuis 8 heures du matin attendant un improbable taxi à Tiaret. Il est 14 heures et aucun taxi, quelle que soit sa destination, ne s’est pointé. Je ne sais pas quoi faire alors que travaillant à l’hôpital de Tiaret, je dois reprendre mon poste demain samedi. », déplore un citoyen désemparé
Quatre jeunes discutant à l’écart s’approchent de nous, nous révélant « nous sommes des militaires en permission et nous devons rentrer demain en caserne à Arzew. Nous sommes venus à Ghardaïa passer ensemble les fêtes de fin d’année et voilà que l’on se retrouve coincé ici. S’il vous plait, si vous connaissez un clandestin ou quelqu’un qui peut nous emmener à Arzew, nous le paierons d’avance, pour peu qu’il nous emmène devant un distributeur de billets pour retirer de l’argent pour pouvoir le payer. »
Pagaille et désarroi
Même pagaille au niveau de l’aire des quais de bus, alors que trois bus sont en train de charger des passagers vers Alger, l’un des receveurs nous confie « oui nous assurons ce voyage vers Alger mais sans assurance de revenir, car à Alger tout est bloqué et nous ne savons pas de quoi sera fait demain ».
Alors que nous apercevons trois autres bus garés vides un peu plus loin, un autre receveur nous révèle que ces bus sont remontés à vide de Tamanrasset et ils resteront là, à quai, jusqu’à ce que la situation se décante. « On devait rentrer aujourd’hui à Oran pour préparer la reprise des cours de nos enfants, mais on se retrouve piégés ici sans bus, ni taxi, ni même quelqu’un pour nous expliquer la situation et nous proposer une solution » nous interpelle paniquée une mère de famille avec ses quatre enfants.
Une autre famille, bien plus nombreuse, devant le quai qui devait en principe desservir Constantine ne sait plus quoi faire, gesticulant, tous à la fois, alors que le père de famille demande à voir quelqu’un de Sogral, la société qui gère la gare routière de Ghardaïa.
Une famille de 11 personnes « abondonnée »
L’un des agents de sécurité lui rappelle que c’est vendredi et que les responsables ne travaillent pas le week-end, ce qui l’énerve encore plus demandant à l’assistance « dites-moi ce que dois faire avec une famille de 11 personnes sur le dos ? Même si je dois prendre un véhicule clandestin, un ne suffira pas et deux seront à quel prix ? Et dire qu’on est venu en vacances mais en fait c’est une galère »
Nous voyant prendre quelques notes sur un calepin, un gendarme s’approche de nous et, très respectueusement, nous demande de décliner notre fonction. En s’assurant que nous étions correspondants de presse, il s’éloigna avec le sourire, nous souhaitant une bonne journée.
Ces « vautours » sans scrupules
Par ailleurs, encore une fois l’adage « le malheur des uns fait le bonheur des autres » s’est encore une fois vérifié avec la faune d’escrocs et de vampires suceurs de sang d’une population en détresse qui s’est tout de suite rappliquée vers la gare routière.
Les « vautours » flairant l’aubaine ont immédiatement proposé leurs services à des prix dépassant tout entendement. A titre d’exemple, une course vers Laghouat a été proposée cinq fois plus cher que le tarif normal. Même des taxieurs de Ghardaïa, qui n’ont pas le droit de faire des courses hors wilaya, ont embarqué des voyageurs vers Ouargla, Laghouat, Djelfa et El Menéa devant nous.
A notre question « vous n’avez pas peur d’être attrapés par les gendarmes et les policiers sur les routes ? » l’un des taxieurs nous répond avec le sourire « non, il suffit de détacher le numéro sur les portières et d’informer les passagers, qu’au cas où on nous arrête, de répondre qu’on est en famille et des voisins en voyage. »
Vivement le dénouement !
Avec la paralysie totale de la circulation des poids lourds (pratiquement pas un seul n’a été aperçu circulant sur les routes de la wilaya de Ghardaïa) et celle des bus de voyageurs et des taxis inter wilaya, c’est la galère et au train où vont les choses, ce n’est pas demain samedi (jour férié) que le pays retrouvera sa sérénité au niveau des transporteurs routiers et de voyageurs.
Vivement une solution pour permettre à des milliers d’Algériennes et d’Algériens, à travers l’ensemble du pays, de rejoindre leurs domiciles et de reprendre leurs activités. La reprise des cours pour les trois paliers scolaires est toute proche, après-demain, le dimanche 4 janvier 2026.


