Paris ne s’en cache plus. Elle prend pour cible les Algériens et fait du favoritisme, voire la discrimination en matière d’octroi des visas.
Ainsi et dans un document officiel du ministère français de l’Intérieur met en lumière une réalité que les autorités tentent depuis des années de diluer dans le brouillard diplomatique : en 2025, les Algériens ont été les principales victimes d’une politique consulaire française marquée par la sanction collective, la discrimination statistique et des calculs politiques à peine voilés.
Une baisse massive et ciblée des visas accordés aux Algériens
En effet, selon un document de la Direction générale des étrangers en France, datée du 29 janvier 2026 et portant sur le bilan migratoire provisoire de l’année 2025, les ressortissants algériens ont subi une chute brutale du nombre de visas délivrés, contrairement à la majorité des autres nationalités, notamment maghrébines.
En 2025, les trois consulats français en Algérie ont délivré 204.248 visas aux ressortissants algériens, contre 250.085 en 2024, soit une baisse de 18,3 %, correspondant à 45.837 visas en moins en une seule année. Un recul spectaculaire, qui place les Algériens en tête des nationalités les plus pénalisées, alors même que les contingents accordés à d’autres pays ont, eux, augmenté.
Dans le même temps, la France a augmenté de 11 % le nombre de visas accordés aux Tunisiens, atteignant 119.887 visas en 2025 contre 108.138 en 2024. Les Marocains ont également bénéficié d’une hausse de 6,1 %, avec 300.117 visas délivrés en 2025, contre 282.993 l’année précédente. Difficile, dans ces conditions, de parler de simple ajustement administratif.
Visas de travail : l’Algérie, l’exception négative
La discrimination apparaît de manière encore plus flagrante dans les visas de long séjour pour motifs économiques (travail). Les Algériens constituent l’unique exception négative en Afrique du Nord : seuls 9,4 % des visas de long séjour qui leur ont été accordés en 2025 relevaient du travail. À titre de comparaison, cette proportion grimpe à 27,9 % pour les Tunisiens, et exactement au même niveau pour les Marocains.
Ces chiffres confirment une réalité dérangeante : Paris ouvre largement le marché du travail français aux ressortissants marocains et tunisiens, tout en maintenant les Algériens à l’écart, comme si leur nationalité constituait en soi un facteur de suspicion. Une politique qui relève moins de la gestion migratoire que de choix politiques assumés.
Regroupement familial : la « menace algérienne » démentie par les chiffres
Autre pilier du discours anxiogène en France : les visas pour raisons familiales, souvent présentés dans le débat médiatique comme un « problème algérien ». Or, les chiffres officiels démentent formellement cette narration.
Ainsi, en 2025, 42 % des visas de long séjour accordés aux Tunisiens l’ont été pour des motifs familiaux, contre 28,8 % seulement pour les Algériens. Les « avalanches » de dossiers algériens brandies par certains responsables politiques et éditorialistes français apparaissent ainsi pour ce qu’elles sont : une construction médiatique sans fondement statistique.
Visas d’études : une stratégie d’aspiration des cerveaux
Concernant les visas d’études de long séjour, les Algériens représentent 48,7 % des bénéficiaires en 2025. Cette donnée confirme les chiffres précédemment publiés par l’ambassade de France, faisant état d’une augmentation significative des visas étudiants accordés aux Algériens. Derrière cette ouverture ciblée se dessine une stratégie claire : restreindre l’accès général, tout en favorisant l’aspiration des compétences, talents et cerveaux algériens, au profit de l’économie et des universités françaises.
Des refus massifs passés sous silence
La note du ministère de l’Intérieur ne mentionne ni le nombre ni le taux de refus des demandes de visas en 2025. Mais un rapport du Sénat français, publié le 24 septembre 2025, avait déjà levé le voile sur l’ampleur du traitement discriminatoire réservé aux Algériens.
En 2024, le taux de refus des demandes de visa pour les Algériens atteignait 34,8 %, soit plus du double de la moyenne nationale française, qui s’établissait à 16,8 %. À titre de comparaison, le taux de refus n’était que de 21,2 % pour les Tunisiens et de 12,5 % pour les Marocains. Cette même année, les consulats français en Algérie avaient délivré 250.095 visas, ce qui implique, compte tenu du taux de refus, que 383.680 dossiers avaient été déposés, dont 133.548 rejetés.
Une politique consulaire à géométrie variable
Pris dans leur ensemble, ces chiffres brossent le portrait d’une politique consulaire française profondément déséquilibrée, fondée sur l’exception algérienne, la sélectivité arbitraire et la punition collective.
Loin des principes d’égalité et de coopération affichés dans les discours officiels, la pratique révèle une gestion des visas instrumentalisée politiquement, où les Algériens font figure de variable d’ajustement diplomatique. Une politique qui, au lieu d’apaiser les relations entre les deux pays, alimente le ressentiment, fragilise les échanges humains et expose le double discours d’un État qui prône l’équité tout en institutionnalisant la discrimination.
