À la veille de la clôture de la campagne électorale pour les législatives du 2 juillet 2026, Tizi-Ouzou a été le théâtre d’un affrontement politique inattendu entre le RCD et le FFS.
Ainsi, un ex-élu du Front des forces socialistes reconverti au Rassemblement pour la culture et la démocratie a mis le feu aux poudres, provoquant une réplique immédiate du leader du FFS, Youcef Aouchiche. Récit d’un clash qui a électrisé la campagne dans le fief historique de l’opposition.
Le coup de théâtre signé Tazaghart
C’est depuis la Maison de la culture Mouloud Maameri de Tizi-Ouzou que la dernière journée de campagne a basculé. Le RCD d’Athman Mazouz avait convié Khaled Tazaghart, ex-élu du FFS passé dans les rangs du parti adverse, pour ce qui devait n’être qu’une simple prise de parole de soutien.
Mais devant une salle acquise à la cause du RCD, l’ancien militant du FFS a rapidement dévié du script. Anticipant les critiques sur son ralliement, il a d’abord revendiqué son intégrité : « Je suis un militant honnête et sincère, et nul ne pourrait remettre en cause mon engagement pour l’instauration d’une véritable démocratie en Algérie. ».
Puis est venue la phrase qui a tout déclenché : « Je suis toujours un militant du FFS… mais du FFS authentique. Je ne me reconnais plus dans cette pâle copie. Je suis du FFS de 1963, de celles et ceux qui ne connaissent ni la compromission ni la soumission ! » — accueillie sous un tonnerre d’applaudissements. Au sein du RCD, on affirme que cette sortie n’était pas préméditée. Mais le timing — le FFS tenait simultanément son propre meeting à quelques kilomètres de là — laisse planer le doute sur le caractère spontané de la charge.
Aouchiche riposte au théâtre Kateb Yacine
Pendant ce temps, Youcef Aouchiche animait un rassemblement populaire au théâtre régional Kateb Yacine. Informé en temps réel des déclarations de Tazaghart, le leader du FFS a répondu sans ménagement. Il a d’abord recadré l’attaquant sur son passé : « Cette personne est un transfuge politique. Il y a cinq ans, il militait au parti Front El Moustakbal. Il vient aujourd’hui nous donner des leçons d’honnêteté et de loyauté politique. ».
Puis, sur le fond, Aouchiche a défendu l’identité et la cohérence de son parti : « Il n’y a qu’un seul FFS, et il est authentique. Nous sommes un parti fidèle à ses engagements, ses convictions et ses constantes. Nous n’avons de leçons à recevoir de personne, et encore moins de cet individu ! ». Le président du FFS a ensuite appelé la population de Tizi-Ouzou à « voter en masse » le 2 juillet, affichant l’ambition de décrocher la majorité des sièges dans la wilaya.
Tizi-Ouzou, wilaya record : 23 listes pour 11 sièges
Au-delà du clash verbal, les législatives 2026 revêtent une dimension historique à Tizi-Ouzou. La wilaya décroche la première place nationale en nombre de candidatures déposées auprès de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).
Pas moins de 23 listes — 11 indépendantes et 12 de partis politiques — se disputeront les 11 sièges que compte la wilaya à l’Assemblée populaire nationale (APN). Fait notable : les 11 listes d’indépendants constituent un signal fort. Dans une région historiquement associée au boycott électoral, cet afflux inédit de candidatures civiques traduit un regain de dynamisme politique sans précédent depuis les premières élections pluralistes en Algérie.
Ce retournement de situation est susceptible de redessiner profondément le paysage partisan local, au détriment des partis traditionnels qui se disputaient jusqu’ici le monopole de la représentation kabyle.
