L’Algérie engage une transition énergétique ambitieuse avec un programme solaire de 15 000 mégawatts à l’horizon 2035.
Les objectifs de cette stratégie audacieuse est clair : économies en gaz naturel, création d’emplois, investissement privé. Il est vrai que dans un contexte mondial marqué par la volatilité des marchés énergétiques, les tensions sur l’approvisionnement et la compétition autour des ressources stratégiques, l’énergie solaire représente pour l’Algérie bien plus qu’un simple choix environnemental : c’est un levier économique et géopolitique majeur.
Sortir de la dépendance aux énergies fossiles
Ainsi et selon Boukhalfa Yaïssi, directeur général du Green Energy Cluster Algeria, la pleine réalisation du programme solaire national — soit 15 000 mégawatts de capacité installée — permettrait d’économiser entre 6 et 8 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an. «Des volumes qui pourraient être réorientés vers l’exportation, consolidant ainsi la position de l’Algérie sur le marché énergétique international», a-t-il affirmé jeudi dernier lors de son passage sur les ondes de la radio nationale.
En outre, M.Boukhalfa Yaïssi a rappelé une réalité préoccupante : les énergies fossiles représentent aujourd’hui près de 99% de la production énergétique nationale. Face à cette dépendance structurelle, l’objectif fixé est de porter la part des énergies renouvelables à 27% d’ici 2035. Pour atteindre cet objectif, les autorités tablent sur un rythme d’installation de 1 500 à 2 000 mégawatts par an, dans le cadre du programme solaire national de 15 000 MW.
Loi de finances 2026 : en attendant les textes d’application
Par ailleurs, le DG du Green Energy Cluster Algeria, a salué la décision prise en septembre 2025 de distinguer institutionnellement le secteur des énergies renouvelables de celui des hydrocarbures. Cette mesure, selon lui, favorise une meilleure structuration de la filière et devrait accélérer concrètement la transition énergétique.
La loi de finances 2026 a introduit des mesures destinées à encourager l’investissement privé dans les énergies renouvelables. Toutefois, leur application reste suspendue à la publication des textes réglementaires, dont l’absence constitue un frein réel. « Les lois existent, mais elles doivent être mises en œuvre rapidement », a averti Boukhalfa Yaïssi, rappelant que la concurrence internationale est vive et que les investisseurs n’hésiteront pas à se tourner vers des marchés plus réactifs.
21 centrales solaires, 12 000 emplois à la clé
Sur le terrain, la dynamique est néanmoins réelle. La construction de 21 centrales solaires est en cours, avec un potentiel de création de près de 12 000 emplois. Un chiffre toutefois à nuancer : 80% de ces postes sont liés aux phases de construction, ce qui pose la question cruciale de la pérennité de l’activité et du développement d’une filière industrielle locale durable.
L’Algérie dispose d’une capacité de production de panneaux solaires estimée à environ 700 mégawatts, mais celle-ci reste largement sous-exploitée. Plusieurs segments clés de la filière — verre solaire, transformateurs de haute tension — ne sont pas encore développés localement, maintenant une forte dépendance aux importations, principalement en provenance de Chine, d’Inde et de Turquie.
Modernisation du réseau électrique : le défi de Sonelgaz
Le développement massif du solaire soulève également la question des infrastructures électriques. Le réseau actuel doit être profondément modernisé pour absorber les nouvelles capacités de production, souvent situées dans le sud du pays, alors que la consommation reste concentrée dans le nord.
Dans ce cadre, une répartition des rôles se dessine : le secteur privé assurerait la production, tandis que Sonelgaz serait chargée de développer un réseau électrique plus intelligent et plus performant, capable d’intégrer les énergies intermittentes à grande échelle.
