Le meurtre d’Asma Oumaïma, mineure, survenu le 26 janvier 2026 dans la wilaya de Chlef, a ravivé une indignation profonde à travers le pays.
Ainsi et dans un communiqué conjoint, les organisations Féminicides Algérie et la Fondation pour la Promotion des Droits alertent sur les «défaillances structurelles» de la prévention des violences fondées sur le genre et appellent à une mobilisation urgente et coordonnée de l’État et de la société.
Une tragédie révélatrice
Tout d’abord, Féminicides Algérie et la Fondation pour la Promotion des Droits expriment leur douleur, leur colère et leur profonde indignation face à l’assassinat d’Asma Oumaïma. Loin d’être un simple fait divers, ce crime met en lumière, avec une gravité extrême, les conséquences dramatiques de l’enchaînement des violences fondées sur le genre, en particulier lorsqu’elles se déroulent au sein de l’espace familial — là même où la protection devrait être la plus évidente.
Violences chroniques
Au-delà de l’émotion légitime, les deux organisations rappellent une réalité préoccupante : les violences intrafamiliales ne surgissent pas soudainement. Elles s’installent progressivement, se répètent et s’aggravent, accompagnées de signaux clairs — peur, contrôle, isolement, menaces, alertes — qui devraient déclencher des réponses immédiates et cohérentes. Lorsqu’une victime, surtout une enfant, exprime sa détresse et demande protection, l’enjeu n’est pas de « rétablir la paix familiale », mais bien de prévenir l’irréparable.
Tout le monde sait…
Les organisations refusent que cette tragédie soit réduite à une vague d’émotion ou à la diffusion de détails insoutenables. L’enjeu est bien plus profond. Depuis 2018, plus de 394 féminicides ont été recensés en Algérie. Des femmes et des filles vivent sous la menace, tentent d’alerter, de fuir et de demander protection, sans toujours obtenir une réponse rapide, coordonnée et efficace. Il ne s’agit pas d’un procès individuel, mais d’un signal d’alarme sur un déficit structurel de prévention, d’évaluation des risques et de prise en charge.
Silence et banalisation : un duo macabre !
En outre, le féminicide ne constitue pas seulement l’acte final : il s’inscrit dans une escalade de violences alimentée par la banalisation, le silence, la culpabilisation des victimes, les pressions visant à « préserver la famille » et l’insuffisance de mécanismes de protection efficaces. Protéger la vie et l’intégrité des femmes et des filles relève d’une obligation fondamentale et constitue un marqueur essentiel de l’État de droit.
Quand la famille tue !
De surcroît, les deux organisations refusent la sacralisation de la famille lorsque celle-ci devient un espace de menace. Aucun statut, aucune autorité, aucune pression sociale ne peut justifier le retour d’une victime vers un environnement dangereux. La prévention des féminicides exige des réflexes institutionnels clairs : croire la parole des victimes, traiter chaque alerte comme un signal sérieux, prioriser la sécurité et garantir une chaîne de protection fonctionnelle, y compris lorsque l’auteur des violences est un membre de la famille.
L’État devant ses responsabilités
Dans cette optique, les organisations appellent à une protection immédiate et renforcée des victimes, en particulier des mineures, à une évaluation systématique et suivie des alertes de violences, ainsi qu’à une meilleure coordination entre les institutions concernées.
Elles plaident également pour la formation spécialisée des acteurs de terrain, le renforcement de l’accompagnement psycho-social et juridique, la transparence des données officielles, la responsabilité des institutions en cas de défaillance, et la reconnaissance du féminicide comme circonstance aggravante dans la législation.
Enfin, rendre justice à Asma Oumaïma ne consiste pas seulement à juger le crime, mais aussi à empêcher qu’il ne se reproduise. La protection des femmes et des filles n’est pas optionnelle : elle engage la responsabilité de l’État, de ses institutions et de l’ensemble de la société.
