Malgré une crise diplomatique sans précédent entre Alger et Paris, les milieux d’affaires français refusent de voir s’éroder davantage leurs positions sur un marché qu’ils considèrent comme stratégique.
Ainsi, les signaux d’alerte lancés récemment par Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française, ainsi que par Ségolène Royal, présidente de l’Association d’amitié France-Algérie, semblent avoir été entendus. Tous deux, ont mis en garde contre les conséquences d’un enlisement politique susceptible de coûter cher aux intérêts économiques français en Algérie.
Une relation économique solide malgré la crise
Dans ce contexte tendu, le Medef International a annoncé la tenue, le 17 février, d’une réunion de son Conseil d’entreprises France-Algérie, autour de l’ambassadeur Stéphane Romatet.
La rencontre sera présidée par Yannick Morillon, président du Conseil et directeur général de CIS. Objectif affiché : évaluer l’impact de la reprise progressive des contacts bilatéraux, examiner les perspectives d’investissement en Algérie et préparer l’envoi d’une mission d’entreprises à Alger afin de relancer le dialogue économique et concrétiser de nouveaux projets.
Dans son communiqué, l’organisation patronale souligne que de récentes visites de hauts responsables des deux pays témoignent d’un frémissement dans les relations bilatérales, susceptible d’ouvrir la voie à un climat plus favorable aux affaires. Une appréciation qui laisse entrevoir, en filigrane, une volonté d’éviter que les différends politiques ne compromettent durablement les échanges économiques.
L’Algérie, un marché haute valeur ajoutée
Car malgré plus d’une année de crispations diplomatiques, les relations commerciales n’ont pas été rompues. Les exportations françaises vers l’Algérie ont dépassé les 5 milliards d’euros en 2024, preuve que le marché algérien demeure un débouché de poids pour les entreprises françaises.
L’Algérie, troisième économie d’Afrique avec un PIB estimé à 260 milliards d’euros, une croissance de 3,7 % et un marché intérieur de 47 millions de consommateurs, continue d’offrir des perspectives substantielles, notamment dans l’énergie, les infrastructures, l’agro-industrie, la santé et la transition numérique.
L’Algérie, un marché disputé
Si le patronat français multiplie les initiatives, c’est aussi parce que le paysage économique algérien évolue rapidement. Ces dernières années, la présence française a reculé au profit d’acteurs européens concurrents tels que l’Italie, l’Allemagne ou encore l’Espagne, de plus en plus actifs sur ce marché en pleine transformation.
La situation actuelle trouve son origine dans un climat politique dégradé depuis juillet 2024, lorsque le président Emmanuel Macron a affiché un soutien explicite au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, rompant avec la traditionnelle posture d’équilibre de la diplomatie française au Maghreb. Ce positionnement a été perçu à Alger comme un alignement assumé en faveur du Maroc, contribuant à une escalade des tensions.
Des informations concordantes ont même évoqué la possibilité que l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet — rappelé à Paris en avril dernier à la demande du président français — soit déclaré persona non grata. Bien qu’aucune décision officielle n’ait été annoncée en ce sens, ces signaux traduisent la profondeur de la crise.
Une balle dans le camp français
Alors que Ségolène Royal, en visite à Alger il y a deux semaines, a plaidé pour une reprise rapide et sans conditions des contacts, Michel Bisac a réaffirmé que la visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, devrait se tenir sans préalable, afin de restaurer un minimum de confiance. Les milieux économiques français semblent désormais pressés de dissocier, autant que possible, les relations d’affaires des divergences politiques.
Pour Alger, la dynamique actuelle confirme une réalité : le marché algérien n’est plus acquis à qui que ce soit. L’Algérie avance, diversifie ses partenariats et renforce son attractivité dans un environnement concurrentiel. Les entreprises étrangères qui souhaitent y prospérer doivent composer avec une nouvelle donne, fondée sur le respect mutuel et l’équilibre des intérêts.
La question demeure : Paris saura-t-il opérer le nécessaire réajustement diplomatique pour préserver sa présence économique ? Comme le soulignent plusieurs analystes, la balle est désormais dans le camp français.
