Les relations énergétiques entre l’Algérie et la Mauritanie s’orientent vers une nouvelle phase, portée par une ambition commune : consolider leur sécurité énergétique dans un contexte international marqué par de fortes tensions sur les marchés.
Ainsi, au cœur de cette dynamique, Alger s’impose comme un partenaire clé, capable d’apporter des solutions concrètes et durables à son voisin du Sud-Ouest.
Un nouvel élan énergétique lancé
En effet, selon des informations rapportées par la plateforme spécialisée « Attaqa », des discussions sont actuellement en cours entre Alger et Nouakchott pour redonner un nouvel élan à leur coopération dans le secteur des hydrocarbures.
Parmi les pistes étudiées figure notamment la reprise des exportations algériennes de carburants vers la Mauritanie, un levier stratégique qui viendrait conforter le rôle de l’Algérie comme fournisseur énergétique fiable dans la région.
Le signal fort de Naftal
Autre signal fort de ce rapprochement : la possible réouverture des stations de distribution de Naftal à Nouakchott. Fermées depuis plusieurs années, ces infrastructures pourraient retrouver une seconde vie, illustrant la volonté d’Alger de renforcer sa présence économique et énergétique en Afrique de l’Ouest, tout en contribuant à la stabilisation du marché mauritanien.
Au-delà de la fourniture de carburants, les deux pays envisagent des projets plus structurants. L’un des axes majeurs concerne l’interconnexion électrique, à travers la mise en place de lignes à haute tension entre les deux territoires. Une telle initiative traduirait une intégration énergétique plus poussée et positionnerait l’Algérie comme un hub régional incontournable.
Cette orientation stratégique confirme la capacité d’Alger à exporter non seulement des hydrocarbures, mais aussi son expertise dans les infrastructures énergétiques, consolidant ainsi son influence dans un espace régional en pleine recomposition.
La Mauritanie face aux limites du raffinage
En parallèle, la question de la relance de la première raffinerie de pétrole mauritanienne refait surface, sans perspectives concrètes à ce stade. Construite en 1978 en partenariat avec Naftal, cette installation avait cessé ses activités en 2000.
Aujourd’hui, son état de dégradation avancé et l’obsolescence de ses équipements rendent toute remise en service peu réaliste, tant sur le plan technique que financier.
Face à ces contraintes, la Mauritanie a fait le choix stratégique d’abandonner le raffinage local pour s’orienter vers un modèle reposant entièrement sur l’importation de produits pétroliers raffinés.
Alger au « secours » de Nouakchott
Actuellement, Nouakchott s’approvisionne exclusivement via des appels d’offres internationaux lancés tous les deux ans. Les fournisseurs sont sélectionnés en fonction de la compétitivité des prix et de leur solidité technique et financière.
Contrairement à certaines idées reçues, ces importations ne transitent pas par voie terrestre via le Sénégal, mais arrivent directement par voie maritime, notamment via les ports de Nouadhibou et de Nouakchott.
Cette organisation permet au pays de tirer parti de son ouverture sur l’Atlantique et de préserver une certaine autonomie logistique.
Cependant, cette dépendance totale expose la Mauritanie aux fluctuations des prix mondiaux. Depuis le déclenchement des tensions au Moyen-Orient, les prix de l’énergie ont enregistré des hausses dépassant les 80 %, mettant sous pression les équilibres budgétaires du pays.
Un effort budgétaire conséquent pour préserver le pouvoir d’achat
Pour atténuer l’impact de cette volatilité, l’État mauritanien maintient un important dispositif de subventions. Sur un prix total de 5000 ouguiyas anciennes pour le diesel, environ 3100 sont pris en charge par les pouvoirs publics.
Depuis le début de la crise, le coût cumulé de ces subventions avoisine les 17 milliards d’ouguiyas anciennes, avec un risque de hausse si les tensions persistent. Malgré cela, les autorités s’efforcent de limiter l’augmentation des prix à la pompe à un maximum de 5 %, afin de protéger le pouvoir d’achat des ménages.
Le mécanisme de fixation des prix repose par ailleurs sur une moyenne mensuelle, permettant de lisser les fluctuations et d’éviter une trop forte volatilité sur le marché local.
Sécuriser les approvisionnements, une priorité
Les autorités mauritaniennes se veulent néanmoins rassurantes : les stocks stratégiques disponibles dans les principales villes portuaires couvrent plusieurs mois de consommation, écartant tout risque immédiat de pénurie. Dans cette optique, le développement des capacités de stockage constitue une priorité.
Des projets de construction de nouveaux dépôts, d’une capacité globale de 183 000 m³ (diesel, essence et kérosène), sont en cours, avec une mise en service prévue d’ici fin 2026.
Parallèlement, la question du gaz de pétrole liquéfié (GPL), largement utilisé par les ménages, reste un enjeu majeur. Les subventions liées à ce produit pourraient atteindre 45 milliards d’ouguiyas anciennes par an en cas de maintien des tensions sur les marchés internationaux, accentuant la pression sur les finances publiques du pays.
L’Algérie, un partenaire clé pour l’avenir énergétique régional
Dans ce contexte, le rapprochement énergétique entre Alger et Nouakchott ouvre des perspectives prometteuses. En s’appuyant sur son expérience, ses infrastructures et sa capacité d’exportation, l’Algérie se positionne comme un acteur central capable d’accompagner la Mauritanie dans la sécurisation de ses approvisionnements et la modernisation de son secteur énergétique.
Au-delà des enjeux bilatéraux, cette coopération pourrait également jeter les bases d’une intégration énergétique régionale plus large, où l’Algérie jouerait un rôle moteur, confirmant ainsi son statut de puissance énergétique incontournable en Afrique.
