La visite officielle du président Tebboune en Turquie, marque l’institutionnalisation d’une relation commerciale et industrielle devenue l’une des plus dynamiques du continent africain.
Ainsi, la première session du Conseil de coopération stratégique de haut niveau algéro-turc, coprésidée par Abdelmadjid Tebboune et Recep Tayyip Erdogan à Ankara, n’est pas un événement diplomatique ordinaire. C’est l’aboutissement d’une trajectoire économique construite sur près de deux décennies, dont les chiffres révèlent aujourd’hui l’ampleur réelle.
6,5 milliards de dollars d’échanges : l’Algérie, deuxième partenaire africain de la Turquie
En effet, le volume des échanges commerciaux bilatéraux a franchi le cap des 6,5 milliards de dollars, hissant l’Algérie au rang de deuxième partenaire commercial de la Turquie sur le continent africain, derrière l’Égypte. L’objectif commun demeure d’atteindre 10 milliards de dollars à moyen terme, porté notamment par des négociations en cours sur un accord commercial préférentiel qu’Ankara entend accélérer.
1 600 entreprises turques, 7,7 milliards investis
En outre et toujours dans le volet économique, la présence turque en Algérie est massive et multisectorielle. Et pour cause, ce sont aujourd’hui près de 1 600 entreprises turques qui opèrent sur le territoire national, pour un stock d’investissements directs (IDE) estimé à 7,7 milliards de dollars — un niveau qui place la Turquie parmi les tout premiers investisseurs étrangers du pays. Textile, sidérurgie, BTP, agroalimentaire, électroménager, matériaux de construction : la présence turque irrigue des pans entiers de l’économie productive algérienne.
Tosyali, symbole d’une intégration industrielle réussie
Parmi les vitrines les plus emblématiques de cette coopération, le groupe sidérurgique Tosyali, implanté à Oran, s’est imposé comme l’un des plus grands complexes industriels du pays. Avec un investissement global de 2,5 milliards de dollars et une ambition de porter sa production à 9,5 millions de tonnes d’acier, le groupe illustre précisément le modèle recherché par Alger : création d’emplois locaux, intégration industrielle et capacité à l’export. Tosyali va plus loin en annonçant la construction d’une unité de traitement de minerai de fer à Béchar, directement liée au gisement stratégique de Gara Djebilet.
Sonatrach en Turquie : le partenariat change de nature
Ce qui distingue désormais la relation algéro-turque d’un simple flux d’investissements entrants, c’est la montée en puissance d’une logique de coproduction réciproque. En septembre 2024, Sonatrach et le groupe Rönesans ont officialisé la décision finale d’investissement pour la construction d’une usine de polypropylène dans la zone pétrochimique de Ceyhan (province d’Adana, Turquie). Le projet représente 1,7 milliard de dollars d’investissement, pour une capacité de 450 000 tonnes/an. Sonatrach y détient 34% via sa filiale SPIC BV, et assurera l’approvisionnement en propane à hauteur de 550 000 tonnes par an. L’Algérie n’est plus seulement un territoire d’accueil — elle est désormais co-investisseur sur sol turc.
Énergie, mines, renouvelables : les prochains chantiers
L’écosystème économique entre les deux pays se renforce à tous les niveaux. Le nombre de vols hebdomadaires a plus que doublé, passant de 35 à 80 liaisons, favorisant les flux d’affaires et de tourisme. Début 2025, la Banque agricole turque a ouvert sa première succursale en Algérie, tandis qu’un nouveau consulat général turc à Oran — cœur névralgique des activités industrielles turques — est venu compléter le dispositif.
La visite d’État devrait se conclure par la signature de nouveaux accords dans des secteurs à fort potentiel : énergie, mines, énergies renouvelables et agriculture. Des domaines où les deux économies présentent des complémentarités naturelles, à l’heure où la recomposition mondiale des chaînes d’approvisionnement redistribue les alliances économiques entre pays émergents.
