Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, effectuera une visite en Algérie lundi et mardi prochains. Son entourage a confirmé, ce jeudi 12 février, à l’Agence France-Presse (AFP), qu’il répondait ainsi à l’invitation de son homologue algérien, Saïd Sayoud.
Une décision qui intervient alors que la coopération sécuritaire et migratoire entre Paris et Alger traverse l’une de ses périodes les plus délicates. Selon la même source, les deux ministres se sont entretenus par téléphone jeudi après-midi afin de préparer ce déplacement. Une visite officiellement consacrée aux questions de sécurité, dans un contexte où les échanges entre les deux pays étaient tombés à leur niveau le plus bas.
Une visite longtemps évoquée… et conditionnée
En effet, ce déplacement n’est pas une surprise en soi. Il était évoqué depuis plusieurs mois. Toutefois, il avait été freiné par la volonté affichée du ministre français d’en définir au préalable les « conditions ».Laurent Nuñez avait lui-même indiqué, sur BFM-TV, avoir reçu une invitation de son homologue algérien et qu’il y « répondrait », tout en précisant : « On travaille aux conditions de cette visite ». Cette posture avait suscité des réactions, y compris en France.
Pas une priorité pour Alger
Après sa propre visite à Alger, Ségolène Royal avait critiqué l’idée d’imposer des préalables à un partenaire souverain, estimant que le dialogue devait primer sur toute forme d’injonction. À Alger, cette séquence avait été perçue comme révélatrice d’un certain déséquilibre dans l’approche française.
Dans sa dernière entrevue médiatique avec des représentants de la presse nationale, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs affiché un détachement assumé à l’égard de cette visite, laissant entendre qu’elle ne constituait pas une priorité pour Alger. Un signal politique clair : l’Algérie n’entendait pas se placer dans une position d’attente ou de dépendance.
Un changement d’attitude côté français
Le ton a depuis évolué. Laurent Nuñez a récemment évoqué une reprise des échanges sécuritaires entre les deux pays, se félicitant de cette dynamique. Son déplacement vise désormais à « parler de questions de sécurité, notamment la question des réadmissions, la lutte contre le terrorisme et contre le narcotrafic », selon ses déclarations publiques.
Début février, le ministre français avait indiqué attendre une réponse d’Alger concernant le retour de ressortissants algériens en situation irrégulière en France, ainsi que sur le cas du journaliste sportif Christophe Gleizes, arrêté en mai 2024 alors qu’il préparait un article sur la JS Kabylie, le club de football le plus titré du pays.
Mais l’évolution du discours français laisse transparaître un ajustement. Là où il était question de conditions préalables et d’attentes unilatérales, le déplacement à Alger semble désormais s’inscrire dans une logique de concertation. À Paris comme à Alger, le constat s’impose : aucune coopération durable ne peut se bâtir sur la pression.
L’Algérie en position d’acteur central
Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires majeurs, l’Algérie demeure un partenaire incontournable en matière de lutte contre le terrorisme et le trafic de stupéfiants. Son rôle stabilisateur au Maghreb et au Sahel renforce son poids stratégique.
En répondant finalement à l’invitation de son homologue algérien, sans condition affichée, le ministre français semble avoir pris acte de cette réalité. Le déplacement des 15 et 16 février s’annonce ainsi comme une tentative de relance pragmatique d’une coopération fragilisée, mais essentielle.
Reste à savoir si ce changement d’attitude marquera le début d’une relation plus équilibrée. Une chose est sûre : à Alger, le message est clair — le dialogue oui, mais dans le respect mutuel et sans diktat.
