À la suite de sa nomination par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, Farid Kourtel prend la tête du ministère de l’Industrie en remplacement de Yahia Bachir.
Ancien conseiller auprès de la Présidence chargé des affaires économiques et universitaire reconnu, le nouveau ministre hérite d’un portefeuille stratégique à un moment charnière pour l’économie algérienne.
Alors que le gouvernement ambitionne de porter la contribution du secteur industriel à 15 % du Produit Intérieur Brut (PIB), le passage des annonces aux résultats réels constitue le véritable crash-test du nouveau ministre. Retour sur les huit dossiers prioritaires et les enjeux majeurs qui façonneront sa feuille de route.
Objectif 15 % du PIB : Dépasser le slogan pour bâtir une trajectoire sectorielle
Actuellement, selon les dernières données de la Banque mondiale, la part des industries manufacturières dans le PIB algérien tourne autour de 9,3 %. Pour atteindre la cible de 15 %, le ministère fait face à un écart d’environ 5,7 points de pourcentage.
Pour combler ce fossé, la simple ouverture de nouvelles usines ne suffira pas. Farid Kourtel devra :
- Définir un calendrier précis par filière (agroalimentaire, textile, mécanique, matériaux de construction).
- Miser sur la productivité et la valeur ajoutée locale plutôt que sur la croissance nominale tirée par l’inflation.
- Évaluer l’efficacité industrielle via des indicateurs réels : volumes produits, capacités exploitées et taux d’intégration.
Entreprises publiques : Imposer des contrats de performance
Le modèle du soutien financier illimité aux groupes publics a atteint ses limites. La priorité est désormais d’instaurer une gouvernance axée sur la rentabilité et les résultats.
| Axe d’action | Objectif stratégique |
|---|---|
| Contrats de performance | Fixer des objectifs précis de production, de vente, d’exportation et de maîtrise des coûts. |
| Évaluation des dirigeants | Lier le maintien des PDG à des résultats financiers et industriels auditables. |
| Diagnostic des dysfonctionnements | Séparer les entreprises souffrant de tensions de trésorerie temporaires de celles dont le modèle économique n’est plus viable. |
Usines à l’arrêt : Privilégier le tri économique au redémarrage aveugle
La relance des capacités industrielles en veille est une priorité, mais elle exige une rigueur technique et financière. Réactiver une usine existante est souvent plus rapide et moins coûteux que d’en construire une nouvelle, à condition que :
- La technologie ne soit pas obsolète.
- Les coûts de production restent compétitifs face aux alternatives.
- Le marché local ou international soit en capacité d’absorber la production.
Chaque unité à l’arrêt devra ainsi faire l’objet d’un audit préalable avant l’attribution de fonds publics ou la recherche de partenaires privés.
Plateforme « PRODNAT » : Transformer les données en carte décisionnelle
À la suite de la clôture des déclarations de production sur la plateforme PRODNAT (Production Nationale), le ministère dispose d’une masse d’informations sur les capacités des usines, leurs besoins en intrants et leurs volumes d’activité.
Le défi majeur pour Farid Kourtel sera d’exploiter cette base de données pour dresser une cartographie industrielle dynamique. Cela permettra d’identifier les maillons manquants des chaînes de valeur et d’interconnecter ces données avec celles des Douanes, des Impôts et de la Sécurité sociale pour prendre des décisions éclairées.
Industrie automobile : Le test décisif de l’intégration et le cas Hyundai
Le dossier automobile demeure sous le feu des projecteurs. Alors que le projet d’usine Hyundai suscite des attentes (avec des estimations évoquant un investissement de près de 400 millions de dollars et un lancement envisagé à l’horizon 2027), les détails définitifs restent à confirmer par les autorités et le constructeur coréen.
Pour réussir ce pari, le ministre devra veiller à :
- Éviter le piège de l’assemblage déguisé (importation de kits « SKD/CKD » sans valeur ajoutée locale).
- Développer un réseau dense de sous-traitants nationaux.
- Assurer un transfert technologique réel vers la main-d’œuvre locale.
Réutilisation des anciens sites industriels (Kia, Volkswagen, Hyundai)
Les anciens complexes d’assemblage situés à Batna (ex-Kia), Relizane (ex-Volkswagen) et Tiaret (ex-Hyundai) disposent d’infrastructures lourdes et de raccordements aux réseaux. Toutefois, leur réactivation ne pourra pas être automatique.
Avant tout redémarrage, le ministère devra clarifier le statut juridique de ces actifs, évaluer leur état technique et s’assurer de leur adéquation avec de nouveaux modèles industriels centrés sur la sous-traitance et la fabrication durable.
Densifier le tissu de sous-traitance nationale
Pour que la valeur ajoutée reste en Algérie, la politique industrielle doit s’appuyer sur un écosystème de Petites et Moyennes Entreprises (PME) capables de fournir des composants aux grands donneurs d’ordre.
- Automobile : Câblage, vitrage, batteries, pièces plastiques et métalliques, pneumatiques, peintures.
- Agroalimentaire : Emballage, conditionnement, chaîne du froid, stockage.
- Matériaux de construction : Équipements industriels, maintenance et intrants bruts.
Une méthodologie d’audit stricte sera indispensable pour mesurer la valeur ajoutée réelle créée sur le territoire national et éviter la comptabilisation de prestations secondaires comme de l’intégration industrielle.
Investissement et le cap des 400 milliards de dollars
Le dernier chantier concerne le climat des affaires et la simplification administrative. La régulation des importations de matières premières et d’équipements ne doit pas paralyser les chaînes de production locales.
En intégrant la politique industrielle dans l’objectif global de porter le PIB algérien vers les 400 milliards de dollars, le ministère de l’Industrie devient le moteur central de la diversification économique hors-hydrocarbures.
Un mandat sous le signe de l’interconnexion
La réussite de Farid Kourtel ne dépendra pas du traitement isolé de ces dossiers, mais de sa capacité à les articuler ensemble : pas de relance automobile sans réseau de sous-traitance, pas d’orientation des investissements sans cartographie fiable, et pas d’augmentation de la part du PIB sans exploitation optimale des usines existantes. Les prochains mois révéleront la capacité du ministère à transformer ces orientations stratégiques en réalités industrielles tangibles.
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