C’est un mouvement qui n’est pas passé inaperçu sur les radars des tankers en Méditerranée.
Dans un contexte de tensions persistantes sur le marché énergétique régional, l’Algérie vient de réaffirmer son rôle de « pivot sécuritaire » pour ses voisins.
Ainsi, selon les données exclusives de l’Energy Research Unit (Attaqa), basée à Washington, l’Algérie a acheminé une cargaison d’essence vers la Libye pour soutenir un marché de l’aval libyen au bord de l’asphyxie.
Un secours fraternel au-delà des chiffres
En effet, le 3 mai dernier, une cargaison de 132 000 barils d’essence a accosté sur les côtes libyennes, après avoir quitté les terminaux algériens courant avril. Si le volume peut paraître modeste à l’échelle du marché mondial, sa portée politique et stratégique est immense.
Depuis 2013, les flux de produits raffinés entre Alger et Tripoli se comptent sur les doigts d’une main. En réalité, il s’agit seulement de la deuxième livraison de ce type en plus d’une décennie, la précédente ayant eu lieu en avril 2024 (217 000 barils). Ce geste ponctuel vise directement à éteindre l’incendie de la pénurie sévère de carburant qui frappe la Libye depuis plusieurs semaines, prouvant que face à l’urgence, la solidarité régionale prime sur les contrats de long terme.
Exportations : Un bond spectaculaire de 27 %
Au-delà de cet épisode libyen, le mois d’avril 2026 restera dans les annales comme celui d’une accélération fulgurante pour l’appareil exportateur algérien. Les chiffres sont sans appel : l’Algérie a expédié un total de 903 000 barils par jour (bpj), une hausse vertigineuse de 27 % par rapport au mois de mars.
Le mix énergétique exporté montre un équilibre quasi parfait entre la matière brute et la valeur ajoutée :
● Produits pétroliers raffinés : 460 000 bpj
● Pétrole brut : 434 000 bpj
Bien que ce pic printanier soit impressionnant, la moyenne des quatre premiers mois de 2026 (743 000 bpj) demeure légèrement en deçà de la performance de 2025 (772 000 bpj). La discipline de production et la consommation interne croissante restent des variables que la Sonatrach surveille de près.
En dépannant la Libye tout en consolidant ses parts de marché en Europe et en Asie, l’Algérie joue sur deux tableaux. Elle confirme sa fiabilité commerciale auprès des grandes puissances tout en s’imposant comme le « fournisseur de dernier recours » pour ses voisins arabes et africains.
