Récemment évoquée par le président de la République, M.Abdelmadjid Tebboune, la « mafia » de la sous-facturation est un phénomène palpable en Algérie.
Ainsi, la Gendarmerie nationale, vient de mettre à jour un mécanisme sophistiqué de fraude aux changes, via le procédé de la sous-facturation. Bilan : quinze arrestations, 4 millions de dollars non rapatriés, des véhicules neufs comme écran de blanchiment.
La sous-facturation, clé de voûte du système frauduleux
En effet, tout reposait sur une technique discrète mais dévastatrice pour les réserves de change du pays : la sous-facturation des factures d’exportation.
Le principe est simple. L’exportateur algérien déclare une valeur volontairement minorée sur ses documents douaniers. L’acheteur étranger paie la valeur réelle — mais la différence, au lieu de rentrer en Algérie, est conservée à l’étranger sur des comptes dissimulés.
Résultat : des devises qui quittent légalement le territoire sous couverture d’une exportation, et qui n’y reviennent jamais. C’est précisément ce mécanisme qu’a démantelé le Service de lutte contre la criminalité économique et financière, rattaché au Service central opérationnel de lutte contre la criminalité organisée de la Gendarmerie nationale.
4 millions de dollars évaporés, 15 suspects arrêtés
Le bilan de l’opération est lourd :
• 15 suspects interpellés et présentés devant les autorités judiciaires compétentes
• 4 individus toujours en fuite, activement recherchés
• 5 véhicules et 5 machines industrielles saisis
• Environ 4 millions de dollars de recettes d’exportation identifiées comme non rapatriées sur le territoire national
Les mis en cause sont poursuivis pour infractions à la législation et à la réglementation des changes, ainsi qu’aux règles régissant les mouvements de capitaux de et vers l’étranger — des infractions parmi les plus sévèrement sanctionnées en droit économique algérien.
Des voitures neuves importées pour blanchir les fonds
Le réseau ne s’arrêtait pas à la fuite de devises. Les enquêteurs ont mis au jour une deuxième couche du dispositif : le blanchiment des fonds via l’importation de véhicules neufs depuis l’étranger.
Les devises détournées à l’export étaient réinjectées dans l’achat de véhicules neufs à l’étranger — des biens physiques, facilement revendables en Algérie, qui permettaient de convertir des capitaux illicites en liquidités apparemment propres. Un circuit classique de blanchiment, mais adossé ici à un réseau structuré d’exportateurs et d’intermédiaires.
Un mécanisme qui saigne les réserves de change
La sous-facturation à l’export n’est pas une infraction anodine. Dans un pays où les réserves de change constituent un indicateur macroéconomique stratégique, chaque dollar non rapatrié représente un manque à gagner direct pour l’État.
Les 4 millions de dollars identifiés dans cette affaire ne sont vraisemblablement que la partie émergée : par nature, la sous-facturation est difficile à détecter sans croisement entre les déclarations douanières algériennes et les données bancaires des pays acheteurs — une coopération internationale que les services algériens cherchent à renforcer.
Une priorité affichée de la Gendarmerie nationale
Cette opération s’inscrit dans le cadre de la lutte prioritaire contre la criminalité économique et financière que mène la Gendarmerie nationale depuis plusieurs années. Les affaires de non-rapatriement de devises et de fraude aux changes se multiplient dans les dossiers judiciaires algériens — signe que les autorités intensifient leur surveillance des flux financiers liés au commerce extérieur. L’affaire est désormais entre les mains de la justice.
