Face à l’urgence de la transition énergétique, cinq pays arabes accélèrent le pas pour dominer le futur marché mondial de l’hydrogène vert.
Au cœur de cette course technologique : le développement massif des capacités d’électrolyse. Grâce à son potentiel solaire et son infrastructure gazière unique, l’Algérie se positionne stratégiquement pour devenir le principal fournisseur d’énergie propre de l’Europe.
L’électrolyse : Le moteur de la révolution de l’hydrogène en Algérie
Pour transformer ses abondantes ressources en énergies renouvelables (solaire et éolien) en vecteur énergétique d’avenir, le monde arabe doit relever un défi de taille : déployer des gigawatts de capacités d’électrolyse. Selon les données de l‘Unité de recherche sur l’énergie (basée à Washington), cinq pays concentrent aujourd’hui les plus grandes ambitions de la région : l’Égypte, le Maroc, la Mauritanie, la Tunisie et l’Algérie.
Si la mobilisation de milliards de dollars d’investissements et l’adaptation des cadres réglementaires restent des défis communs, l’Algérie se distingue par une approche pragmatique et hautement stratégique.
Le plan de l’Algérie : 2,5 GW d’électrolyse et un objectif d’exportation massif
L’Algérie déploie une stratégie bivalente qui capitalise à la fois sur son ensoleillement exceptionnel et sur son expertise historique dans les hydrocarbures. Le pays mène de front la production d’hydrogène vert et celle d’hydrogène bleu (produit à partir de gaz naturel avec captage et stockage du carbone).
Les chiffres clés de la stratégie algérienne à l’horizon 2040 :
- Objectif d’exportation : 1 million de tonnes d’hydrogène par an vers le marché européen.
- Capacité d’électrolyse requise : 2,5 GW.
- Énergies renouvelables d’appui : 20 GW de puissance installée.
- Investissement global estimé : Environ 25 milliards de dollars.
Actuellement, l’Algérie compte sept projets majeurs annoncés : cinq dédiés exclusivement à l’hydrogène vert et ses dérivés, et deux axés sur les infrastructures de transport par gazoducs. Cette feuille de route permettra de générer entre 0,9 et 1,2 million de tonnes d’hydrogène vert pour l’Europe, tout en sécurisant 300 000 tonnes d’hydrogène bleu pour couvrir la demande industrielle de son marché national.
Analyse comparative : Où se situent les concurrents régionaux ?
Pour mesurer l’ampleur de la dynamique régionale, découvrez comment se positionnent les quatre autres géants arabes de l’hydrogène :
Égypte et Maroc : Les pionniers de l’infrastructure
L’Égypte mène la danse en volume avec 39 projets annoncés, notamment concentrés dans la zone économique du Canal de Suez. De son côté, le Maroc accélère l’attractivité de son territoire grâce à « l’Offre Maroc », un cadre législatif intégré qui a déjà permis de sélectionner six projets d’envergure.
Mauritanie et Tunisie : Des ambitions freinées par le marché et les lois
Bien que la Mauritanie vise 1,5 % du marché mondial de l’hydrogène d’ici 2050, le secteur y subit un coup d’arrêt. Les deux plus grands projets du pays ont été suspendus, à l’instar du mégaprojet « Aman » reporté en raison de l’absence de contrats d’achat à long terme à prix garantis. Enfin, la Tunisie affiche des objectifs clairs (320 000 tonnes d’ici 2030), mais souffre encore de l’absence d’un cadre législatif adapté pour rassurer les investisseurs.
Pourquoi l’Algérie dispose d’un avantage compétitif majeur ?
Au-delà de la simple course aux gigawatts d’électrolyse, l’Algérie possède un atout que ses voisins n’ont pas : un réseau interconnecté de gazoducs existants reliant directement ses infrastructures au cœur de l’Europe.
En convertissant ou en adaptant ces pipelines pour le transport de l’hydrogène, l’Algérie réduit considérablement les coûts logistiques de transport par rapport à ses concurrents, faisant de ses 2,5 GW d’électrolyse projetés l’un des investissements les plus rentables et les plus réalistes de la région MENA.
