L’entreprise énergétique espagnole Moeve, anciennement connue sous le nom de Cepsa, amorce un tournant décisif dans sa stratégie en Algérie en planifiant la cession de l’intégralité de ses actifs pétroliers et gaziers d’ici 2030.
Le PDG du groupe, Maarten Wetselaar, a récemment affirmé qu’il serait très surpris de voir ces gisements figurer encore dans le portefeuille de l’entreprise à la fin de la décennie.
Cette décision de retrait, qui fait suite à l’abandon d’actifs similaires à Abou Dhabi et en Amérique du Sud depuis 2022, illustre la volonté de l’entreprise de se désengager des énergies fossiles pour se concentrer sur les énergies bas carbone.
Le poids financier des gisements algériens dans les comptes de Moeve
Malgré l’annonce de ce retrait imminent, l’Algérie demeure un pilier de rentabilité à court terme pour l’opérateur espagnol. Les états financiers audités de 2025 confirment la poursuite de l’activité au sein de quatre concessions majeures opérées en partenariat avec Sonatrach.
L’impact de la production algérienne sur les résultats globaux du groupe reste substantiel, avec une contribution positive évaluée à 52 millions d’euros sur le bénéfice opérationnel ajusté du secteur exploration-production entre 2024 et 2025.
Les performances financières des quatre actifs de Moeve en Algérie pour l’année 2025 illustrent l’importance du gisement d’Ourhoud, qui compense largement les pertes enregistrées ailleurs :
| Gisement | Part de Moeve | Revenus (2025) | Résultat Net (2025) |
|---|---|---|---|
| Ourhoud | 37,13 % | 223 millions € | + 98 millions € |
| Rhourde El Krouf | 49,00 % | 92 millions € | – 12 millions € |
| Bir El Msana | 75,00 % | 53 millions € | + 20 millions € |
| Timimoun | 11,25 % | 25 millions € | + 8 millions € |
Au-delà des bénéfices nets, l’empreinte fiscale de Moeve souligne son implication économique sur le territoire algérien. Le groupe a reversé 181 millions d’euros d’impôts sur les sociétés à l’Algérie en 2025, contre 103 millions d’euros en 2024. Cette augmentation de 75,7 % reflète les taxes appliquées sur les résultats de la production d’hydrocarbures, soulignant la valeur intrinsèque des parts que le groupe cherche aujourd’hui à vendre.
Maintien de l’activité opérationnelle avant la cession
En attendant de trouver un acquéreur, Moeve maintient ses opérations de production. Le rapport du premier semestre 2026, publié fin juillet, indique une production moyenne de 29 700 barils par jour (en baisse de 4 % sur un an) pour l’ensemble du secteur exploration et production de la firme.
Sur le terrain algérien, l’optimisation du gisement d’Ourhoud, stimulée par le forage de nouveaux puits au deuxième trimestre 2026, a permis d’équilibrer le déclin naturel observé sur les sites de Timimoun et de Bir El Msana.
L’histoire de ces gisements est marquée par des engagements massifs, à l’image du contrat d’exploitation de 25 ans signé en janvier 2018 avec Sonatrach et l’ALNAFT pour Rhourde El Krouf. Ce programme prévoyait à l’origine un milliard de dollars d’investissements pour forer 30 nouveaux puits et atteindre une capacité de traitement de 24 000 barils de brut par jour, créant jusqu’à 1 500 emplois lors de la phase de construction.
De l’or noir à l’hydrogène vert : un nouveau partenariat avec Sonatrach
La vente des actifs pétroliers algériens est le corollaire de la stratégie « Positive Motion » de Moeve, qui prévoit 8 milliards d’euros d’investissements dans l’hydrogène vert, les biocarburants et la mobilité électrique durant cette décennie.
L’objectif de l’entreprise est de générer plus de 50 % de ses bénéfices à partir d’énergies durables d’ici 2030, comme en témoigne le lancement récent du projet « Onuba » en Andalousie en septembre 2026.
L’Algérie reste toutefois au centre de cette nouvelle vision stratégique européenne. En octobre 2024, Moeve et Sonatrach ont signé un protocole d’accord à Oran pour étudier la faisabilité d’un vaste complexe intégré d’hydrogène vert.
Conçu pour approvisionner le marché européen, ce projet couvrira l’ensemble de la chaîne de valeur : installations solaires et éoliennes, électrolyse, production d’ammoniac ou de méthanol vert, stockage et transport.
Les modalités exactes du désengagement pétrolier de Moeve en Algérie demeurent pour l’instant confidentielles. L’identité des repreneurs potentiels de ces gisements hautement stratégiques, la valorisation financière des parts, ainsi que le calendrier de transition restent les grandes inconnues d’une opération qui redessinera le paysage de l’investissement énergétique étranger en Algérie.
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