Au moment où le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares est attendu en Algérie, Alger anticipe la première revendication de la péninsule ibérique : plus de gaz de algérien.
Ainsi et dans un climat international marqué par la flambée des prix de l’énergie et les tensions au Moyen-Orient, l’Algérie s’apprête à renforcer ses exportations de gaz vers l’Espagne. Une décision aux implications à la fois économiques et diplomatiques, qui illustre le retour progressif à une relation bilatérale plus pragmatique entre Alger et Madrid.
Le Medgaz à plein gaz !
En effet et selon le quotidien espagnol The Objective, les autorités algériennes devraient notifier ce jeudi au ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, leur accord pour augmenter les volumes de gaz naturel acheminés vers l’Espagne via le gazoduc Medgaz.
Les flux passeraient ainsi de 28 à 32 millions de mètres cubes par jour, soit une progression de 12,5 %, frôlant la capacité maximale de cette infrastructure stratégique reliant directement les deux rives de la Méditerranée.
Un geste à portée diplomatique
Ensuite, cette décision ne relève pas uniquement de considérations énergétiques. Alger entend également saluer la position espagnole sur plusieurs dossiers sensibles au Moyen-Orient, notamment les crises à Ghaza et en Iran.
La demande espagnole, formulée il y a plusieurs semaines, s’inscrit dans un contexte de tensions accrues après les affrontements impliquant les États-Unis et Israël, qui ont entraîné une hausse notable des prix du gaz et du pétrole sur les marchés internationaux.
La flambée des prix accélère les négociations
Par ailleurs, le marché européen du gaz, notamment l’indice TTF néerlandais, a récemment connu une forte volatilité, avec une hausse de plus de 20 % en quelques jours avant de se stabiliser.
Face à cette situation, Madrid cherche à sécuriser des approvisionnements plus compétitifs. Le gaz acheminé par pipeline, comme celui de Medgaz, reste en effet moins coûteux et plus stable que le gaz naturel liquéfié transporté par méthaniers, soumis aux fluctuations du marché mondial.
Un équilibre fragile entre fournisseurs
En outre, si l’Algérie a longtemps été le principal fournisseur de gaz de l’Espagne, la tendance a évolué ces derniers mois. Les États-Unis occupent désormais la première place, grâce à leurs exportations de GNL, tandis qu’Alger se positionne en deuxième fournisseur.
Cette recomposition énergétique reflète une diversification des sources d’approvisionnement espagnoles, mais aussi les répercussions de la crise diplomatique passée entre les deux pays.
Une relation bilatérale en recomposition
Dans ce contexte, la visite prochaine de José Manuel Albares en Algérie vise à consolider ce rapprochement et à préparer un sommet entre Pedro Sánchez et Abdelmadjid Tebboune.
Après plus de deux ans de tensions ayant coûté plusieurs milliards d’euros aux échanges commerciaux, les deux pays semblent engagés dans une phase de normalisation, bien que les volumes d’échanges n’aient pas encore retrouvé leur niveau d’avant-crise.
Le facteur migratoire, autre levier de pression
Cependant, les relations restent marquées par des sujets sensibles, notamment la question migratoire. L’augmentation des départs de migrants depuis les côtes algériennes vers les Baléares a ravivé les tensions, certains observateurs y voyant un moyen de pression d’Alger sur Madrid.
Les différends autour des visas et des procédures consulaires contribuent également à entretenir un climat de méfiance, malgré les avancées sur le plan énergétique.
Un enjeu géopolitique majeur au Maghreb
Enfin, cette coopération gazière s’inscrit dans un jeu d’équilibre plus large pour l’Espagne, qui cherche à maintenir de bonnes relations à la fois avec l’Algérie et le Maroc, dans un contexte marqué par la question du Sahara et les rivalités régionales.
Dans ce paysage complexe, le gaz apparaît plus que jamais comme un instrument stratégique, à la croisée des intérêts économiques, diplomatiques et sécuritaires.
