Le monde de la musique châabi est en deuil. Abdelmadjid Meskoud, figure emblématique du chaâbi algérois, s’est éteint ce jeudi 14 mai 2026 à l’âge de 73 ans, après une longue maladie.
Avec lui disparaît l’une des dernières grandes voix d’un genre musical intimement lié à l’âme d’Alger.
Une disparition qui endeuille toute une génération
Né en 1953 à Alger, Abdelmadjid Meskoud n’était pas seulement un artiste : il était une mémoire vivante. Depuis ses débuts en 1969, il avait traversé plus de cinq décennies de scène musicale algérienne, portant avec lui les couleurs d’un Alger populaire, nostalgique et fier. Sa mort laisse un vide immense dans le cœur des amateurs de chaâbi, mais aussi dans celui de tous les Algérois pour qui sa voix incarnait quelque chose d’irremplaçable.
Héritier spirituel des grands maîtres du genre — El Hadj M’Hamed El Anka et Mohamed El Badji en tête — Meskoud avait su, au fil des années, s’affranchir de leurs ombres pour imposer un style singulier, fait d’une interprétation charnelle et d’une écriture profondément ancrée dans le vécu de sa ville natale.
De la scène de théâtre au du chaâbi
Avant de devenir l’une des figures tutélaires du chaâbi, Abdelmadjid Meskoud avait forgé son charisme sur les planches du théâtre. Il débute au sein de la troupe de Mohamed Touri, avant de rejoindre le Théâtre Populaire où il côtoie l’inoubliable Hassane Hassani, dit « Bouguera ». Cette formation théâtrale lui conférera une présence scénique rare, une capacité à habiter ses chansons autant qu’à les chanter. C’est cette double culture — du texte joué et du texte chanté — qui donnera à son art une profondeur que ses contemporains lui reconnaissaient unanimement.
« Ya Dzayer Ya El Asima » : l’œuvre qui survivra à son auteur
Parmi un répertoire riche de titres devenus des classiques — Oulad El Houma, Yal Zin El Ghali, Choufou Choufou, Belcourt, Rihet El Bled, Nhar Iban Essah — une chanson incarne à elle seule le testament artistique d’Abdelmadjid Meskoud : Ya Dzayer Ya El Asima, sortie en 1989.
Véritable hymne à Alger, ce morceau bouleversant mêle mélancolie du passé et fierté d’appartenance à la capitale. Il a traversé les générations sans jamais vieillir, touchant aussi bien ceux qui ont connu l’Alger d’avant que ceux qui l’ont découverte à travers ses mots. Aujourd’hui, au lendemain de sa mort, cette chanson résonne comme un adieu que l’artiste semblait avoir composé pour lui-même.
Un héritage ancré dans la mémoire collective algérienne
La disparition d’Abdelmadjid Meskoud intervient à un moment où le chaâbi algérois, genre intimement lié à l’identité culturelle d’Alger, cherche ses passeurs vers les nouvelles générations. Avec lui s’éteint une voix qui n’était pas seulement musicale : elle était le lien vivant entre un Alger populaire, celui des houmas et des ruelles, et le présent.
Son œuvre, elle, demeure. Et Ya Dzayer Ya El Asima continuera de résonner dans les foyers algériens bien longtemps après ce 14 mai 2026.
La rédaction de Just Info DZ présente ses sincères condoléances à la famille du défunt, à ses proches et à l’ensemble de la communauté artistique algérienne.
