L’Algérie n’a pas encore atteint la souveraineté alimentaire. C’est le ministre de l’Agriculture et de la Pêche lui-même, Yacine El Mahdi Oualid, qui le reconnaît — sans détour — en marge de l’ouverture de la 24e édition du SIPSA-FILAHA 2026, le Salon international de l’agriculture, de l’élevage et des industries agroalimentaires.
Ainsi, il s’agit d’un aveu de lucidité qui contraste avec les discours habituellement triomphalistes, et qui pose la question dans toute sa brutalité : jusqu’où va réellement la dépendance alimentaire algérienne ?
Un diagnostic sans complaisance
« Nous avons encore du chemin à parcourir, avant de parler concrètement de souveraineté alimentaire. ». La formule du ministre résume l’état des lieux : des avancées indéniables, mais un taux d’intégration nationale encore insuffisant. Les filières les plus stratégiques restent structurellement adossées aux marchés extérieurs.
La filière avicole en est l’illustration la plus frappante. De la poule pondeuse aux vaccins vétérinaires, en passant par le maïs destiné à l’alimentation animale, tout ou presque est importé. La filière bovine laitière n’échappe pas à ce constat : le ministre admet que l’Algérie a progressivement « abandonné » ses races locales au profit de races importées, fragilisant ainsi un pan entier de son élevage sur le plan génétique et sanitaire.
Le maïs, symbole d’une dépendance structurelle
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Face à un déficit d’approvisionnement constaté sur le marché intérieur, l’Algérie a lancé une opération d’importation massive de 1 150 000 tonnes de maïs destiné à l’alimentation du bétail. Les premières livraisons — 250 000 tonnes — ont été réceptionnées entre fin décembre 2025 et début janvier 2026, via les ports d’Oran, d’Alger, de Skikda et de Béjaïa. Les 900 000 tonnes restantes ont suivi entre janvier et mars 2026.
Une opération d’une telle envergure illustre à elle seule la vulnérabilité de la chaîne d’approvisionnement agricole nationale, soumise aux aléas des marchés internationaux, aux fluctuations des cours et aux tensions géopolitiques sur les routes céréalières mondiales.
Semences importées : un programme ambitieux lancé
Face à ce tableau, le ministre a présenté les axes d’un programme de reconquête progressive. La réduction des importations de semences et de plants — particulièrement pour les cultures maraîchères — est érigée en priorité. L’intégration des technologies modernes dans la production locale de semences constitue, selon lui, un levier central, avec une ambition affichée à l’exportation.
Concrètement, un pôle de production de semences est en cours de préparation entre les wilayas de Ghardaïa et d’El-Ménia. D’autres filières sont également ciblées, notamment certaines variétés fruitières comme le bananier. Le ministre cite par ailleurs la wilaya de Blida comme modèle en matière d’adoption des technologies agricoles modernes : irrigation de précision, optimisation des intrants, amélioration des méthodes de plantation — autant de leviers pour accroître les rendements, améliorer la qualité et réduire les coûts de production.
Au-delà des discours rassurants…
La vraie question qui se pose, derrière les annonces et les chantiers en cours, est celle de la cohérence et du calendrier. Réduire la dépendance aux intrants importés suppose une rupture avec des décennies de logique d’importation facile, une montée en puissance de la recherche agronomique nationale et une politique foncière qui encourage l’investissement productif sur le long terme.
L’Algérie a les ressources naturelles, le potentiel humain et les moyens financiers pour y parvenir. Ce qui manque encore, selon les experts du secteur, c’est la continuité des politiques publiques et la capacité à transformer les annonces en filières réellement intégrées. Le SIPSA-FILAHA 2026 est peut-être l’occasion de poser les premières pierres d’une stratégie qui dépasse l’horizon électoral.
