À Ghardaïa comme à El Menéa, le coup d’envoi des épreuves du Brevet d’enseignement moyen (BEM 2026) a été donné ce mardi 19 mai 2026, Journée nationale de l’étudiant. Derrière les statistiques officielles, une réalité moins visible : les détenus ont eux aussi rejoint les salles d’examen.
Ghardaïa : 52 détenus dans la course au BEM
C’est dans deux salles climatisées aménagées au sein de la prison de Noumérat, à la sortie sud de Ghardaïa, que cinquante-deux détenus — dont un mineur — ont composé mardi matin pour le BEM 2026.
Le coup d’envoi a été donné par Abdelkader Belâatra, procureur général près la cour de Ghardaïa, devant 56 candidats inscrits au total, encadrés par des enseignants désignés pour l’occasion.
La scène contraste avec l’image classique de l’incarcération. Dans ces salles d’examen improvisées, les candidats ont à cœur de franchir ce palier scolaire — et d’aller plus loin.
Des établissements pénitentiaires transformés en chantiers éducatifs
Pour un magistrat de la cour de justice de Ghardaïa, le phénomène dépasse l’anecdote : « Les établissements pénitentiaires en Algérie sont devenus des chantiers aussi bien dans l’enseignement et la formation professionnelle que dans d’autres domaines. » L’objectif affiché est clair : préparer la réinsertion des détenus une fois libérés.
Il rappelle à ce titre une mesure gouvernementale concrète : la suppression du casier judiciaire des dossiers de demande d’emploi ou de crédit pour les repris de justice. Une décision qui lève un obstacle majeur à la réintégration sociale et professionnelle de cette catégorie de citoyens.
Encadrement pédagogique, conditions d’examen adaptées, suppression des barrières administratives à l’embauche : le message envoyé par les autorités algériennes est celui d’une politique pénitentiaire qui mise sur l’éducation comme levier de réinsertion durable.
El Menéa : 2 092 candidats lancent les épreuves dans le Grand Sud
À El Ménéa, c’est depuis le lycée Moudjahid Mohamed Bakraoui de Hassi El Gara que le wali, Mokhtar Benmalek, a officiellement lancé les épreuves dans la wilaya. La date n’est pas anodine : le 19 mai marque le 70ᵉ anniversaire de la Journée nationale de l’étudiant, en commémoration de la grève historique déclenchée en 1956 par l’UGEMA pour rejoindre la guerre de Libération.
Au total, 2 092 candidats — dont 120 libres — composent dans sept centres répartis sur les trois communes de la wilaya : Hassi El Gara, Hassi Lefhal et El Menéa. Les épreuves ont débuté par la matière Lettres arabes.
Selon un responsable de la direction de l’éducation joint par téléphone, toutes les conditions sont réunies : « Toutes les classes d’examens sont dotées de climatiseurs et nous avons servi de l’eau fraîche en bouteille à tous les candidats — ici à El Menéa, l’eau est d’une pureté incroyable, nous avons sur place l’une des plus importantes usines d’eau minérale du pays. »
Un BEM sous le signe de la volonté
Que ce soit dans une salle de classe du Sahara ou derrière les murs d’un établissement pénitentiaire, les candidats algériens du BEM 2026 composent ce mardi dans des conditions contrastées, mais avec un point commun : la volonté de franchir une étape. Pour les 52 détenus de Noumérat en particulier, l’enjeu dépasse le diplôme — c’est un premier pas vers une vie après la peine.
