La généralisation du paiement électronique en Algérie semble désormais se heurter moins à un problème d’infrastructures qu’à celui de l’adoption par les commerçants.
Réunis hier à l’École nationale d’administration (ENA) à l’occasion d’une conférence organisée par le Conseil national économique, social et environnemental (Cnese), plusieurs experts et acteurs du secteur ont dressé un état des lieux de la transition vers les nouveaux moyens de paiement.
Un taux d’équipement encore limité
En effet, les chiffres présentés lors de cette rencontre illustrent l’ampleur du chemin restant à parcourir : sur plus de 2 millions de commerces considérés comme éligibles, seuls environ 120.000 disposent actuellement d’un terminal de paiement électronique (TPE).
Le nombre de commerçants équipés progresse, mais reste très éloigné du potentiel du marché. Le directeur général de la Société d’automatisation des transactions interbancaires et de monétique (Satim), Madjid Messaoudene, a indiqué que le parc de commerçants disposant d’un TPE était passé d’environ 100.000 au premier trimestre de l’année à 120.000 actuellement.
Cette progression ne suffit toutefois pas à changer fondamentalement la situation. Rapporté aux quelque deux millions d’opérateurs susceptibles de s’équiper auprès de leurs banques, le taux d’équipement demeure faible.
D’autant que le nombre de terminaux distribués ne correspond pas nécessairement au nombre d’appareils effectivement utilisés. Certains TPE restent en effet déconnectés ou peu sollicités dans les transactions quotidiennes.
Pour la Satim, le principal obstacle n’est donc plus l’absence de matériel. Les capacités de production locales permettent désormais de répondre à la demande. L’Entreprise nationale des industries électroniques (Enie), implantée à Sidi Bel-Abbès, dispose notamment d’un stock estimé à près de 400.000 terminaux.
L’Algérie dispose déjà d’une base technologique importante
Sur le plan des infrastructures, les intervenants ont plutôt dressé un constat favorable. Le pays dispose d’un réseau bancaire comprenant une vingtaine d’établissements actifs et d’un parc de plus de 22 millions de cartes de paiement.
Cette base constitue un levier important pour accélérer la digitalisation des transactions. Selon les données présentées lors de la rencontre, entre 60 et 70% de la population adulte serait déjà détentrice d’une carte de paiement.
Autre indicateur mis en avant : la valeur moyenne des transactions réalisées à travers les TPE aurait été multipliée par trois depuis 2022. Pour la Satim, cette évolution témoigne d’une progression de l’usage et de la confiance des consommateurs envers les paiements électroniques.
Diversifier les solutions pour accélérer l’adoption
La prochaine étape consiste désormais à faciliter l’utilisation de ces moyens de paiement, aussi bien pour les commerçants que pour les consommateurs.
Le développement de solutions plus simples figure ainsi parmi les pistes évoquées. Outre les paiements classiques par carte bancaire, les acteurs du secteur misent notamment sur les applications mobiles, les QR codes ou encore les technologies sans contact reposant sur le NFC.
L’objectif est de multiplier les possibilités afin d’adapter les outils aux différents profils de commerçants et de consommateurs. Au-delà de la dimension technologique, l’enjeu consiste surtout à démontrer aux opérateurs économiques que le paiement électronique peut devenir un outil contribuant à leur activité et à leur chiffre d’affaires.
La généralisation du paiement électronique apparaît ainsi moins comme un chantier à construire que comme un marché à faire davantage fonctionner. Avec des infrastructures déjà disponibles, un important parc de cartes et une capacité de production locale de TPE, le principal défi se situe désormais dans l’adoption effective de ces outils par les acteurs économiques.
K.B
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