Le rapprochement économique entre Alger et Madrid semble désormais engagé sur des bases plus solides.
Réuni mercredi à Barcelone, le premier Forum d’affaires hispano-algérien a marqué une nouvelle étape dans la relance des relations bilatérales, après plusieurs années de tensions diplomatiques ayant fortement affecté les échanges commerciaux entre les deux pays.
Un marché algérien jugé stratégique
Organisée conjointement par l’ASCAME, la Chambre de commerce de Barcelone et le Forum d’Affaires Algéro-Espagnol (F2AE), cette rencontre a attiré près de 80 entreprises espagnoles et catalanes. Une participation qui traduit le retour progressif de l’intérêt des milieux d’affaires espagnols pour le marché algérien, considéré aujourd’hui comme l’un des plus prometteurs de la région méditerranéenne.
Prenant la parole à cette occasion, le président de la Chambre de commerce de Barcelone, Josep Santacreu, a insisté sur les perspectives offertes par l’économie algérienne. Il a décrit l’Algérie comme un pays disposant d’un « potentiel énorme », rappelant qu’elle demeure le plus vaste territoire du continent africain et qu’elle bénéficie d’une population jeune, un facteur qu’il considère déterminant pour soutenir la croissance future du pays.
Au-delà de ces atouts démographiques, Josep Santacreu a surtout mis l’accent sur le caractère stratégique de la coopération entre Alger et Madrid, notamment dans le domaine énergétique. Selon lui, l’Algérie occupe une place essentielle pour l’Espagne mais aussi pour l’Europe, particulièrement en matière d’approvisionnement en gaz naturel.
Le responsable espagnol a d’ailleurs souligné que cette coopération énergétique avait résisté aux tensions diplomatiques traversées entre mars 2022 et novembre 2023, une période considérée comme l’une des crises les plus graves entre les deux États depuis plusieurs décennies.
Des échanges commerciaux en forte reprise
Durant cette phase de crispation politique, les échanges commerciaux ont connu une chute spectaculaire. Les exportations espagnoles vers l’Algérie sont ainsi passées d’environ 2,9 milliards d’euros en 2019 à seulement 332 millions d’euros en 2023. Malgré cette forte contraction, les livraisons de gaz algérien vers l’Espagne n’ont jamais été interrompues, illustrant l’importance stratégique de ce partenariat énergétique.
Mais depuis la normalisation progressive des relations, les indicateurs repartent nettement à la hausse. Au cours du premier semestre 2025, les exportations espagnoles vers l’Algérie ont bondi de 162 %, signe d’une reprise soutenue des échanges commerciaux et du retour progressif des entreprises espagnoles sur le marché algérien.
Josep Santacreu a également salué les réformes engagées par l’Algérie dans plusieurs secteurs économiques. Il a notamment évoqué les efforts de modernisation industrielle ainsi que les mesures destinées à attirer davantage d’investissements étrangers. Selon lui, les entreprises espagnoles disposent d’un avantage lié aux relations historiques entretenues avec l’Algérie, facilitant leur implantation et leur accès au marché local.
Une coopération qui dépasse l’énergie
Cette dynamique de reprise dépasse désormais le seul secteur énergétique. Plusieurs domaines affichent un regain d’activité, notamment l’industrie, l’agriculture, la céramique, les infrastructures et les nouvelles technologies, témoignant d’une diversification croissante des partenariats économiques entre les deux rives de la Méditerranée.
Dans cette perspective, l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) a intensifié ses opérations de communication à l’étranger. En février 2025, plusieurs rencontres ont été organisées à Valence et Barcelone afin de présenter aux investisseurs espagnols les réformes économiques engagées en Algérie ainsi que les nouvelles opportunités d’investissement disponibles.
Une normalisation diplomatique désormais assumée
Le réchauffement des relations s’est également confirmé sur le plan diplomatique. Les 26 et 27 mars 2026, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, s’est rendu à Alger pour des discussions portant sur plusieurs dossiers stratégiques, parmi lesquels l’énergie, la sécurité, le commerce et le développement des partenariats économiques.
Dans ce contexte, Josep Santacreu a qualifié l’Algérie de pays « stratégique et essentiel pour le présent et l’avenir de l’économie méditerranéenne ». Il a toutefois regretté que le potentiel économique et géopolitique algérien reste encore insuffisamment connu en Espagne.
Le responsable catalan s’est enfin félicité du retour de l’Algérie au sein des réunions de l’ASCAME, estimant que cette réintégration pourrait contribuer à renforcer davantage la coopération économique méditerranéenne.
Une nouvelle phase pour les relations algéro-espagnoles
Après plusieurs années de refroidissement diplomatique, Alger et Madrid semblent donc amorcer une nouvelle phase de leurs relations, portée à la fois par les enjeux énergétiques, la reprise des investissements et une volonté commune de redynamiser les échanges économiques dans un contexte international en pleine recomposition.
