Après Cevital à Ghardaïa, un autre investissement de plusieurs millions de dollars relatif à la culture betterave sucrière est en train de se mettre en place à Ouargla, au cœur du désert algérien.
Ainsi, ce ne sont pas moins de 10 000 hectares réservés à la culture de la betterave sucrière, dans le désert. Ce que le groupe Madar prépare à Ouargla pourrait transformer durablement la filière sucrière nationale et réduire une dépendance aux importations qui coûte chaque année des milliards de dollars à l’Algérie.
Un pari agricole sans précédent
La betterave sucrière a toujours été une culture du Nord — des plaines tempérées d’Europe, des terres humides, des hivers froids. La faire pousser en plein Sahara algérien relevait, jusqu’à récemment, de la provocation agronomique.
Ce jeudi 21 mai 2026, le ministre de l’Agriculture Yacine Oualid a inspecté dans la commune d’Angoussa (wilaya de Ouargla) l’exploitation « Tafadis », filiale du groupe public Madar, qui prépare activement le lancement de la première grande production saharienne de betterave sucrière en Algérie — sur une superficie de 10 000 hectares, avec un démarrage fixé à 2027.
Ce n’est pas un projet pilote. C’est une rupture industrielle.
Pourquoi la betterave sucrière, et pourquoi maintenant?
L’Algérie importe une part significative de ses besoins en sucre, une dépendance structurelle qui pèse lourd sur la balance commerciale nationale. Produire localement de la betterave sucrière destinée à la transformation représente donc un enjeu stratégique de souveraineté alimentaire — au même titre que le blé ou l’huile.
Le choix de Ouargla et Ghardaïa comme sites pionniers de cette culture n’est pas anodin. Ces deux wilayas bénéficient désormais d’une infrastructure agricole structurée construite sur plusieurs années. Pour Ouargla, il est question de 900 km de réseau électrique agricole raccordant les périmètres d’exploitation, 400 km de pistes agricoles ouvertes en 2025-2026, 80 000 hectares disponibles pour les investisseurs dès la prochaine saison et 1,45 million de quintaux de capacité de stockage déployée sur le territoire. Les conditions techniques pour une culture exigeante comme la betterave sucrière sont désormais réunies.
Tafadis, le groupe Madar et l’ingénierie du désert
Sur le terrain, le groupe Madar — acteur public engagé dans la transformation agricole des zones sahariennes — a déjà démontré sa maîtrise technique à travers sa filiale Tafadis. Lors de sa visite, le ministre Oualid a pu constater les résultats obtenus en culture de blé dur sur ce même périmètre, une base technique solide avant d’aborder la complexité de la betterave sucrière.
Accompagné d’ingénieurs et d’experts, le ministre a personnellement vérifié le respect du protocole technique appliqué sur l’exploitation, et a délivré des orientations précises visant à améliorer les rendements à l’hectare — signal fort que l’État suit ce chantier avec une attention particulière.
La double culture blé dur / betterave sucrière développée par Tafadis à Angoussa dessine un modèle d’exploitation saharienne polyvalente, capable de répondre à plusieurs défis alimentaires nationaux depuis un seul territoire.
2027 : une date à retenir dans l’histoire agricole algérienne
Le lancement effectif de la production est attendu pour 2027. Si les résultats sont au rendez-vous, cette expérience saharienne pourrait ouvrir la voie à une filière betteravière nationale, permettant à terme d’alimenter des unités de transformation en sucre brut sur le sol algérien — un scénario qui semblait inaccessible il y a dix ans.
Les études techniques et les préparatifs sont aujourd’hui en phase avancée. Le compte à rebours est lancé.
Le Sahara, nouveau front de la souveraineté alimentaire
Ce projet s’inscrit dans une vision présidentielle plus large : la mise en valeur agricole des terres sahariennes comme levier de sécurité alimentaire nationale. Ouargla en est le symbole le plus abouti, avec une accumulation d’infrastructures, d’investissements et de compétences techniques qui transforment durablement l’économie de la région.
Produire du sucre dans le Sahara n’est plus une utopie. C’est un calendrier. De toutes les révolutions agricoles en cours en Algérie, la betterave sucrière saharienne est peut-être celle qui marquera le plus profondément les esprits — parce qu’elle défie les lois naturelles pour mieux servir la souveraineté nationale.
