Un camouflage funèbre, des autocollants de « corbillard » et un troupeau de brebis Sidaoune coincées derrière des bottes de foin. La combine aurait pu fonctionner…
Ainsi, sur la RN1, à la sortie nord de Ghardaïa en direction de Laghouat, un fourgon châssis long roule avec une discrétion calculée. Sur ses flancs, en arabe, deux mots censés décourager tout contrôle : fourgon funéraire. À bord, deux hommes. À l’arrière, 18 ovins de race Sidaoune — une espèce formellement interdite de transit vers le nord du pays. L’idée était audacieuse. L’exécution, beaucoup moins.
La ficelle trop grosse…
En effet, les gendarmes de la brigade de Dhaïa Ben Dahoua, en faction au barrage d’Oued Nechou, remarquent immédiatement l’anomalie : un corbillard sans système de réfrigération ni climatisation. Or, tout véhicule funéraire homologué doit obligatoirement disposer d’un caisson ventilé ou réfrigéré pour la conservation des corps. Ce fourgon-là n’avait rien de tout ça — grand porte-bagages sur le toit, pas le moindre dispositif de froid.
En ouvrant les deux battants arrière, les militaires découvrent d’abord une masse de bottes de foin. Puis, confiné dans le fond du véhicule : un troupeau de 18 moutons Sidaoune, race d’origine subsaharienne. Les inscriptions sur les parois ? De simples autocollants, posés là pour tromper les contrôles routiers. Aucun document funéraire, aucune paperasse vétérinaire.
Pourquoi ces moutons sont-ils interdits au nord ?
La race Sidaoune entre en Algérie par les frontières du Grand Sud, souvent par troc avec des éleveurs subsahariens. Ces animaux peuvent être porteurs de virus ou maladies — fréquemment asymptomatiques — contre lesquels le cheptel du nord n’est pas immunisé. Des arrêtés signés par les walis des wilayas sahariennes (dont Ouargla) interdisent formellement tout transfert de ces ovins vers le nord. Leur destination légale : l’abattage sur place, dans les wilayas de l’extrême-Sud uniquement.
Sur instruction du procureur de la République près le tribunal de Ghardaïa : le faux corbillard est placé en fourrière, les 18 Sidaoune, déclarés impropres à la consommation par un vétérinaire, seront abattus et enfouis. Les deux occupants — 58 et 42 ans — présentés devant le parquet
