Le marché algérien des céréales, et plus particulièrement celui du blé, demeure fermé aux exportations françaises.
Ainsi et malgré des rumeurs évoquant une possible reprise des importations de blé français, un rapport récent de l’agence Bloomberg dément toute réouverture imminente.
En effet, selon cette source, un navire transportant de l’orge d’origine française à destination de l’Algérie a finalement été redirigé vers le Maroc.
Cet épisode illustre une rupture commerciale durable entre Alger et Paris dans le secteur des céréales, qui dépasse désormais le cadre conjoncturel pour s’inscrire dans une stratégie d’approvisionnement redéfinie à l’échelle régionale.
Des tensions politiques à l’origine du gel commercial
Cette évolution intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre l’Algérie et la France depuis l’été 2024, après le soutien affiché de Paris à la position marocaine sur la question du Sahara occidental.
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Le 9 octobre 2024, l’agence Reuters révélait que l’Algérie avait exclu les entreprises françaises d’un appel d’offres pour l’importation de blé, demandant aux opérateurs de ne pas soumettre d’offres incluant du blé d’origine française. Une décision interprétée par les marchés comme une exclusion de facto de la France d’un de ses principaux débouchés agricoles hors Union européenne.
Un marché stratégique perdu pour la France
Pendant des décennies, l’Algérie figurait parmi les premiers importateurs de blé français. Selon des données du commerce international citées par le magazine Al Majalla, les exportations françaises vers l’Algérie sont passées d’environ 874 millions de dollars en 2022 à seulement 174 millions en 2023, signe d’un recul brutal avant même la rupture commerciale complète.
La situation s’est encore aggravée durant la campagne 2024-2025. D’après un rapport de Reuters publié le 27 janvier 2025, la France n’a livré qu’une seule cargaison de blé à l’Algérie — environ 30 000 tonnes en juillet — contre plusieurs millions de tonnes les années précédentes.
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Cette chute s’inscrit dans un contexte plus large de difficultés pour les exportations françaises de céréales, affectées par une récolte faible, la baisse de la demande sur des marchés clés comme l’Algérie et la Chine, ainsi que par la concurrence accrue de la Russie sur le marché mondial.
Des prévisions d’exportation en forte baisse
L’organisme français FranceAgriMer a revu à la baisse ses prévisions d’exportations de blé tendre hors Union européenne pour la saison 2024-2025, les ramenant à environ 3,5 millions de tonnes, soit leur plus bas niveau depuis le début du siècle. En mars 2026, ces prévisions ont de nouveau été réduites pour la campagne 2025-2026, confirmant la difficulté du secteur agricole français à compenser la perte de marchés traditionnels, au premier rang desquels l’Algérie.
L’Algérie diversifie ses sources d’approvisionnement
De son côté, l’Algérie a rapidement réorienté sa politique d’importation de céréales. Selon plusieurs analyses de marché relayées par Reuters et des experts du commerce agricole, les récents appels d’offres de l’Office algérien interprofessionnel des céréales privilégient désormais les fournisseurs de la région de la mer Noire, en raison de prix plus compétitifs et d’une disponibilité accrue.
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Le cabinet UkrAgroConsult rapporte notamment qu’en mars 2026, l’Algérie aurait acquis environ 200 000 tonnes de blé provenant probablement de cette zone, confirmant une stratégie basée sur la diversification des fournisseurs et la réduction de la dépendance à un seul partenaire.
Un basculement durable du commerce céréalier
Dans ce contexte, le détournement de la cargaison d’orge française vers le Maroc apparaît moins comme un incident isolé que comme le symptôme d’un changement structurel du marché.
Autrefois débouché quasi garanti pour les céréales françaises, l’Algérie s’oriente désormais vers une politique d’approvisionnement fondée sur des considérations souveraines, économiques et géopolitiques nouvelles. La France, de son côté, se voit contrainte de rechercher de nouveaux marchés dans un environnement international plus concurrentiel et instable.
