samedi, septembre 26

Perchée sur les hauteurs de la commune d’Ahnif, à l’est de la wilaya de Bouira, la région de Tamellaht fut jadis un carrefour commercial incontournable en Algérie.

Son identité s’est forgée autour d’une ressource précieuse : ses abondantes salines. Aujourd’hui, pour célébrer et ressusciter cet héritage, Tamellaht accueille la 2ᵉ édition du Festival national du sel naturel. Un événement majeur visant à promouvoir le tourisme local, l’artisanat et la richesse culturelle de cette région montagneuse.

Un rendez-vous d’envergure nationale : 37 wilayas représentées

C’est sous le signe du partage et de la découverte que s’est ouverte cette nouvelle édition, organisée dans le sillage de la Journée mondiale du Tourisme. Initiée par la Direction du Tourisme et de l’Artisanat de la wilaya de Bouira, la manifestation rassemble cette année une participation exceptionnelle avec des représentants venus de 37 wilayas du pays.

Jusqu’au 29 septembre, le paisible hameau de Tamellaht vibrera au rythme des festivités. Près de 1 000 participants ont fait le déplacement, transformant la localité en un véritable carrefour d’échanges. Leïla Bouridane, directrice du Tourisme de la wilaya, souligne la diversité des acteurs présents : artisans locaux, guides touristiques, ligues sportives, écrivains, artistes et associations environnementales.

Parmi les wilayas ayant répondu à l’appel, on compte des délégations venues des quatre coins du pays : Tipasa, M’Sila, Djanet, Tizi Ouzou, Khenchela, Tlemcen, Mostaganem, Batna, Aïn Témouchent ou encore Boumerdès. Cette diversité illustre la volonté de donner une véritable dimension nationale à ce patrimoine local.

Désenclaver la région par le tourisme durable

L’objectif de cet événement dépasse le simple cadre festif. Il s’agit d’une véritable stratégie de développement territorial.

  • Créer un produit touristique unique : Faire du sel naturel (appelé « milh » en arabe, « tisent » ou « amellal » en tamazight) un véritable levier pour l’éco-tourisme.
  • Transmission intergénérationnelle : Permettre aux jeunes de renouer avec le patrimoine naturel, culturel et environnemental de leurs ancêtres.
  • Désenclavement : Offrir une image renouvelée et dynamique à Tamellaht, attirant ainsi de nouveaux visiteurs et des investissements locaux.
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Immersion culturelle : Gastronomie, chants traditionnels et artisanat

Le festival a également misé sur une programmation immersive pour séduire les visiteurs. En marge des expositions d’artisanat, un concours d’art culinaire a mis à l’honneur les grands-mères de la région. C’est une véritable machine à remonter le temps gastronomique : des plats tombés dans l’oubli et des recettes jalousement gardées de génération en génération ont été ressuscités pour le plus grand bonheur des gourmets.

Pour transmettre le savoir-faire local, les organisateurs ont prévu des sessions de formation sur l’extraction traditionnelle du sel, permettant aux visiteurs de comprendre le labeur et la technique des anciens sauniers.

À la nuit tombée, l’atmosphère se veut conviviale et chaleureuse. Les soirées sont rythmées par des spectacles de chants traditionnels, mettant en lumière les voix et les talents locaux, tout particulièrement ceux des femmes de la région, gardiennes du patrimoine immatériel.

L’histoire des « Imellahen » : Quand le sel valait de l’or

Pour comprendre l’importance de ce festival, il faut plonger dans l’histoire de la région. Tamellaht tire d’ailleurs son nom de cette profusion de sel. Ses habitants, les Imellahen (les sauniers), ont bâti leur mode de vie autour de cette ressource naturelle.

Pendant des générations, le sel de Tamellaht était utilisé non seulement pour la cuisine et la conservation des aliments, mais il servait surtout de monnaie d’échange. Jusque dans les années 1980, le système de troc faisait vivre des familles entières.

« Nos parents échangeaient le sel contre des denrées alimentaires essentielles, tels le blé et les légumes secs. Ils partaient jusqu’à M’sila et autres régions lointaines. Par contre, en automne, c’étaient les autres qui venaient à Tamellaht chargés de leurs produits pour effectuer l’échange », témoigne un septuagénaire de la région.

Même face à l’émergence du sel industriel, les sauniers locaux ont longtemps maintenu leur activité, conscients de la qualité supérieure de leur sel naturel et de sa forte valeur identitaire.

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De l’abandon à la renaissance : Le combat de Hocine Aireche

L’histoire de Tamellaht est aussi marquée par la tragédie. Au début des années 1990, lors de la décennie noire, l’insécurité a contraint les villageois à fuir, abandonnant leurs terres et leurs salines. L’activité ancestrale s’est brutalement arrêtée. Avec le retour de la paix, la confiance a mis du temps à se rétablir, et les retours furent timides.

C’est ici qu’intervient Hocine Aireche, figure emblématique de cette renaissance. Retraité et ancien saunier ayant exercé de 1972 à 1990 avant de s’installer à Alger pour travailler dans le tourisme, il a fait le choix du retour aux sources en 2010.

« J’avais constaté que la saline était complètement abandonnée. Cela m’avait fait mal au cœur. Tout un héritage s’était effondré », se souvient-il avec amertume.

Refusant de voir mourir la tradition de ses aïeuls, il a décidé de ressusciter ce métier noble. Aujourd’hui, grâce à la persévérance d’hommes comme lui et au soutien des initiatives locales telles que ce festival national, les salines de Tamellaht retrouvent peu à peu leur éclat d’antan, prêtes à écrire un nouveau chapitre de l’histoire du tourisme en Algérie.

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Ramdane Bourahla

Ramdane Bourahla, journaliste et Directeur de Publication du site d'information JUST-INFODZ. Spécialisé dans l'actualité politique nationale.

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