Au moment où l’Italie renforce son excellente relation avec l’Algérie et prépare activement la mise en œuvre d’une Chambre de commerce entre les deux pays, la France poursuit sa postures et ses impostures vis-à-vis de l’Algérie.
Ainsi, la posture de la diplomatie française vis-à-vis de l’Algérie apparaît aujourd’hui marquée par l’hésitation et l’ambiguïté.
Entre déclarations d’ouverture et exigences répétées, le discours officiel donne l’image d’un pouvoir incapable de trancher entre réconciliation et rapport de force. Les prises de position du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, en sont l’illustration la plus frappante.
Des « préalables » qui contredisent l’appel au dialogue
En effet, intervenant pour la deuxième fois en l’espace de quelques jours sur la chaîne TF1, le ministre a de nouveau ce mardi justifié son absence à Alger par l’existence de « préalables » qu’il juge indispensables. Une posture, qui n’est pas sans rappeler le sinistre Bruno Retailleau, l’ancien locataire de la Place Beauveau. Et « en même temps », si chère au président Macron et qui atteste de ses contradictions pathologiques, Nuñez affirme vouloir rétablir le dialogue bilatéral et évoque la nécessité d’une normalisation des relations. Une contradiction qui ne passe pas inaperçue et qui révèle une diplomatie française enfermée dans une logique de conditions, perçues à Alger comme un refus déguisé du dialogue.
La mise en garde de Ségolène Royal
Cette ligne dure a été publiquement contestée par Ségolène Royal. De retour d’une visite en Algérie, l’ancienne ministre a reproché à Laurent Nuñez de privilégier l’ultimatum plutôt que la désescalade. Une critique à laquelle le ministre a répondu par une position inflexible, assurant qu’il ne renoncerait à aucune de ses exigences, tout en reconnaissant l’impasse actuelle. « On ne peut pas rester dans l’absence de relation », a-t-il concédé, avant d’admettre : « Je sais qu’au final, j’irai ». Une phrase lourde de sens. Laurent Nuñez tente de faire dans le Bruno Retailleau, un effet de mimétisme à la limite du ridicule, voire pathétique, sans pour autant y parvenir. Il sait pertinemment que le rapport de force que Paris tente d’instaurer avec Alger, est voué à l’échec.
L’immigration et les OQTF au cœur des exigences françaises
Paris conditionne toute reprise du dialogue à la relance des laissez-passer consulaires, à une application plus rigoureuse des obligations de quitter le territoire français (OQTF) et à des « évolutions » jugées suffisantes par les autorités françaises. À ces dossiers s’ajoute celui du journaliste français Christophe Gleizes, condamné et détenu en Algérie, régulièrement mis en avant sans clarification sur la voie diplomatique envisagée. Présentées comme « minimalistes », ces conditions traduisent surtout une volonté d’imposer un rapport de force unilatéral.
Un revirement par rapport aux engagements initiaux
Ce durcissement tranche avec les propos tenus par Laurent Nuñez à son arrivée place Beauvau, lorsqu’il se présentait comme un partisan du dialogue et d’une reconstruction progressive des relations avec Alger. Désormais, la réconciliation semble subordonnée à une satisfaction préalable des demandes françaises, transformant l’échange diplomatique en un levier de pression politique.
Un dossier instrumentalisé sur la scène intérieure
Dans ce contexte, la question algérienne semble de plus en plus utilisée comme un outil politique interne. Faute de réponses convaincantes aux crises économiques et sociales, l’exécutif fait de l’immigration, des OQTF et des tensions diplomatiques un marqueur sécuritaire à visée électorale. À l’approche des municipales et des prochaines présidentielles, la fermeté revendiquée relève davantage du calcul politique que d’une vision stratégique.
« Poser des conditions, c’est refuser le dialogue »
Ségolène Royal a rompu avec ce consensus implicite en dénonçant ouvertement la ligne gouvernementale. « Poser des conditions équivaut à refuser le dialogue », a-t-elle affirmé, réagissant aux propos de Laurent Nuñez conditionnant son déplacement à Alger à « des bougés très forts » sur les OQTF et à la libération de Christophe Gleizes. « Il faut y aller, point final », a-t-elle insisté, évoquant « la lâcheté des politiques français ».
