Surchargés, sous-payés et peu reconnus : les médecins résidents algériens exercent depuis des années dans des conditions jugées inacceptables.
En 2024, les médecins résidents, ont enclenché un mouvement de protestation qui avait touché l’ensemble des centres hospitaliers du pays, poussant le gouvernement de l’époque, notamment les ministres de la Santé et l’Enseignement supérieur à « calmer le jeu » avec des mesures dites d’urgence. Néanmoins, ces dernières n’ont visiblement pas été d’une grande efficacité et les médecins résidents demeurent encore et toujours dans la précarité.
Ainsi et face à une situation devenue intenable, les ministères de l’Enseignement supérieur, de la Santé et du Travail ont tenu, ce samedi, une réunion de coordination pour tenter d’apporter des solutions à un dossier longtemps ignoré.
Des conditions de stage qui se dégradent depuis des années
Le mal est profond et bien documenté. Les médecins résidents dénoncent depuis plusieurs années une accumulation de difficultés : des gardes épuisantes aux responsabilités disproportionnées, en passant par des rémunérations insuffisantes et un manque flagrant de reconnaissance de leurs diplômes de graduation. Leur statut, encadré par le décret exécutif 11-236, n’a pas suivi l’évolution réelle de leurs conditions d’exercice sur le terrain.
Parmi leurs revendications les plus pressantes figurent la fixation claire du nombre de postes de résident, la réorganisation des concours d’accès — perçus comme opaques — et surtout une revalorisation salariale à la hauteur de l’investissement exigé.
Trois ministres autour de la table, une commission en guise de réponse
C’est au siège du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique que la réunion s’est tenue ce matin, en présence des ministres Kamel Baddari (Enseignement supérieur), Mohamed Seddik Aït Messaoudène (Santé) et Abdelhak Saihi (Travail et Sécurité sociale).
À l’issue de la rencontre, les trois responsables ont annoncé la création d’une commission intersectorielle chargée de formuler « un projet de plan » visant à améliorer les conditions de travail et de formation des résidents. L’objectif affiché : parvenir à « un meilleur équilibre entre la formation académique et les missions de terrain ».
Mais aucune échéance n’a été communiquée. Et le communiqué, tel que formulé, indique clairement que la réforme s’inscrira « dans le cadre de l’organisation en vigueur » — autrement dit, sans remise en cause profonde du cadre légal ou réglementaire existant.
La fuite des compétences, talon d’Achille du système de santé
Au-delà des revendications corporatives, c’est un enjeu stratégique qui pousse l’État à se saisir enfin du dossier : la fuite des médecins algériens vers l’étranger. Des milliers de praticiens formés en Algérie s’expatrient chaque année, attirés par de meilleures conditions de travail et de rémunération en Europe ou au Canada.
Le ministre Aït Messaoudène, qui a multiplié ces derniers mois les réunions avec les syndicats du secteur, a lui-même reconnu que « l’amélioration des conditions professionnelles est un facteur essentiel pour motiver les ressources humaines », avec un impact direct sur « la qualité des prestations sanitaires ».
Ce que les résidents attendent vraiment
La création d’une commission rassure sans convaincre. Les résidents, habitués aux promesses non tenues, attendent des mesures précises et datées :
• Revalorisation des indemnités de stage et de garde
• Plafonnement des heures de travail lors des périodes de permanence
• Reconnaissance officielle des diplômes du cycle de graduation
• Transparence dans l’organisation des concours d’accès au résidanat
La balle est désormais dans le camp de la commission intersectorielle. Sa crédibilité — et celle des trois ministères qui la parrainent — se mesurera à la rapidité et à la concrétude de ses propositions.
