Sept laboratoires privés d’analyses médicales pour une wilaya de dix communes et des centaines de milliers d’habitants : le chiffre paraît suffisant selon les autorités sanitaires locales, mais la réalité du terrain révèle des déséquilibres géographiques criants et des pratiques informelles désormais banalisées.
Une offre concentrée dans les grandes villes
« Avec sept laboratoires ouverts, le privé couvre largement les besoins de la wilaya de Ghardaïa », affirme un cadre de la Direction de la santé et de la population (DSP). Une déclaration qui mérite toutefois d’être nuancée. En effet, sur les dix communes que compte la wilaya, six restent totalement dépourvues de laboratoire d’analyses médicales : Mansourah, Zelfana et Seb Seb au sud — respectivement à 90, 75 et 60 km du chef-lieu — ainsi que Berriane, Dhaïa Ben Dahoua et El Atteuf au nord, à 45, 30 et 20 km de Ghardaïa.
Les sept établissements existants sont répartis comme suit : trois à Ghardaïa-ville, deux à Metlili, un à Guerrara et un à Bounoura— soit une concentration quasi exclusive dans les principales agglomérations et sièges de daïras.
Une question de rentabilité
Confronté à ce constat, le représentant de la DSP balaie la question : les habitants de Mansourah, Zelfana et Seb Seb seraient orientés vers les laboratoires de Metlili, distante de 45, 60 et 20 km selon la commune de départ. Ceux de Berriane, Dhaïa Ben Dahoua et El Atteuf, quant à eux, feraient le trajet jusqu’aux laboratoires de la ville de Ghardaïa. Des distances qui, pour des patients malades ou à mobilité réduite, représentent une contrainte réelle. Néanmoins, dans le Sud algérien, les distances sont « écourtées » par une circulation fluide et un faible trafic routier.
Un « trabendo médical » toléré en silence
Par ailleurs, ce « déséquilibre » en la matière, donne lieu à quelques pratiques à la limite de la légalité, mais qui sont passées sous silence. C’est un médecin spécialiste exerçant à Berriane, qui souhaite garder l’anonymat, qui lève le voile sur une réalité peu connue du grand public : un circuit informel s’est organisé entre pharmacies privées et laboratoires d’analyses. « Une forme de trabendo médical existe entre les pharmacies privées et les laboratoires privés. Pour les patients éloignés souhaitant éviter de se déplacer, des pharmacies jouent le rôle de sous-traitantes : elles effectuent les prélèvements sur place, les transmettent aux laboratoires partenaires, qui réalisent les analyses et renvoient les résultats sur support papier », explique-t-il.
Le mécanisme profite à chaque maillon de la chaîne : le patient évite un long déplacement, le pharmacien facture le prélèvement et l’acheminement, et le laboratoire gonfle son chiffre d’affaires. Avant de conclure dans un silence : « Ce n’est pas légal, mais c’est toléré. »*
Quel rôle pour les laboratoires de biologie médicale ?
Rappelons que les laboratoires d’analyses médicales — ou de biologie médicale — sont des établissements de santé soumis à autorisation ministérielle, garantissant leur conformité aux normes en vigueur. Ils prélèvent et analysent des fluides biologiques (sang, urine, etc.) pour répondre aux besoins de diagnostic, de dépistage, de surveillance des maladies et de suivi des traitements.
Acteurs essentiels du parcours de soins, ils assurent l’interface entre le prélèvement patient et le diagnostic médical, en fournissant des résultats fiables en microbiologie, biochimie et analyses spécialisées.
Leur absence dans six communes sur dix interroge donc directement la qualité et l’équité de l’accès aux soins dans la wilaya de Ghardaïa — et pose la question d’un renforcement de l’offre, public ou privé, dans les zones aujourd’hui livrées au « système D »
