Le retrait de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), annoncé lors de la plénière de juin à Paris, marque un tournant important dans la trajectoire économique du pays.
Ainsi, dans son analyse, le think tank américain « Atlantic Council » souligne que cette décision intervient moins de vingt mois après l’inscription d’Alger en octobre 2024, un délai nettement plus court que celui observé pour d’autres pays comparables. Au-delà de l’aspect technique, cette évolution envoie un signal politique fort.
Une sortie accélérée de la liste grise du GAFI
En effet, l’analyse rappelle que le GAFI est l’organisme international chargé de définir les normes de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Lorsqu’un pays présente des défaillances dans son dispositif, mais s’engage à les corriger, il est placé sous « surveillance renforcée », communément appelée liste grise.
Cette inscription n’équivaut pas à des sanctions, mais elle agit comme un signal d’alerte pour les marchés financiers. Les institutions bancaires renforcent leurs contrôles, ce qui peut entraîner une réduction des flux financiers et une hausse des coûts de transaction.
Selon une étude du FMI, les pays concernés peuvent subir une baisse moyenne des entrées de capitaux équivalente à 7,6 % de leur PIB.
Ainsi, l’Algérie avait été réinscrite sur la liste grise en octobre 2024 après une première sortie en 2016.
L’évaluation de 2023 avait mis en lumière plusieurs insuffisances : contrôle limité des institutions financières, manque de transparence sur les bénéficiaires effectifs, système de déclaration des transactions suspectes insuffisant et supervision incomplète des organisations à but non lucratif. Face à ces constats, les autorités algériennes ont engagé un ensemble de réformes profondes et coordonnées. La loi de finances 2025 a notamment interdit les paiements en espèces pour certaines opérations sensibles comme l’immobilier, les biens de luxe et les assurances, afin de réduire l’économie informelle.
Par ailleurs, la loi 25-10 a modernisé le dispositif juridique de lutte contre le blanchiment. Elle s’appuie sur la réglementation de la Banque d’Algérie et introduit un registre public des bénéficiaires effectifs au Centre national du registre du commerce. La cellule de renseignement financier, la CTRF, a vu ses compétences élargies, tandis que des règles uniformes de connaissance client (KYC) ont été instaurées. Ainsi, réinscrite sur cette liste en octobre 2024, l’Algérie l’a quitté en juin 2026, soit moins de 20 mois après.
Les raisons d’une accélération politique et économique
Depuis 2022, dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’Algérie cherche à renforcer son positionnement international en utilisant ses ressources énergétiques comme levier diplomatique, notamment avec plusieurs partenaires européens.
Mais un élément clé a accéléré le processus : l’alignement progressif des exigences européennes sur celles du GAFI. En 2025, lorsque la European Commission a repris les standards du GAFI, les banques européennes ont dû appliquer des contrôles renforcés sur les transactions impliquant l’Algérie, augmentant les coûts financiers et administratifs. Cette pression externe a transformé un dossier technique en priorité stratégique. Pour Alger, la sortie de la liste grise est devenue un enjeu de crédibilité internationale et de fluidité économique.
Un signal politique adressé à Washington
Pour the Atlantic Council, cette évolution devrait conduire les États-Unis à revoir leur perception de l’Algérie, souvent considérée comme peu réactive aux réformes structurelles. Or, le processus du FATF démontre le contraire : lorsque les objectifs sont précis et encadrés, les résultats peuvent être rapides et mesurables.
L’auteur identifie trois pistes principales pour Washington :
• Relancer le dialogue stratégique bilatéral : le dialogue stratégique entre les États-Unis et l’Algérie, suspendu depuis 2023, pourrait être relancé autour de la coopération économique et financière.
• Renforcer la coopération contre les flux illicites : une collaboration plus étroite avec la CTRF permettrait de mieux surveiller les flux financiers liés au terrorisme et aux réseaux criminels en Afrique du Nord et au Sahel.
• Adopter une logique de résultats mesurables : Plutôt que des exigences politiques générales, Washington pourrait privilégier des objectifs techniques précis, évalués par des standards internationaux et assortis d’échéances claires.
Une étape significative, mais non définitive
Toutefois, l’analyse précise que le retrait de la liste grise ne signifie pas que l’ensemble des défis est résolu. Il confirme toutefois que des progrès réels ont été constatés et validés par les évaluateurs du GAFI lors d’une mission sur place.
Pour l’Algérie, il s’agit d’une reconnaissance importante sur la scène financière internationale. Pour Washington, c’est surtout une opportunité stratégique : celle de repenser une relation bilatérale sur des bases plus techniques, pragmatiques et orientées vers les résultats. L’Algérie, souvent perçue comme difficile à faire évoluer, a démontré qu’elle pouvait avancer rapidement lorsque les conditions sont réunies. La question est désormais de savoir si les partenaires internationaux sauront adapter leur approche en conséquence.
