Une enquête du quotidien arabophone Echorouk révèle que des demandes d’importations dépassant 120 milliards de dollars ont été déposées au deuxième semestre 2026.
Derrière ce chiffre vertigineux, la plateforme numérique du ministère du Commerce a mis au jour d’importantes anomalies : des entreprises sans salariés ou basées dans de simples appartements réclamaient des budgets colossaux en devises.
Une facture d’importation artificiellement gonflée
Les données de la plateforme numérique du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations révèlent une situation édifiante. Au cours du second semestre de l’année 2026, la valeur globale des programmes prévisionnels d’importation de matières premières et d’équipements a franchi le seuil des 120 milliards de dollars.
Comme le souligne le quotidien arabophone Echorouk, ce montant ne représente pas des importations financières réelles ni des dépenses engagées par l’État. Il s’agit uniquement du volume total des intentions d’achat soumises à l’évaluation des autorités. Cependant, l’analyse détaillée de ces dossiers a permis de mettre en évidence des incohérences flagrantes entre les capacités réelles de certains opérateurs et les montants sollicités.
20 milliards de dollars réclamés par des entreprises de moins de 5 salariés
L’un des enseignements majeurs relayés par Echorouk réside dans le poids disproportionné des très petites entreprises (TPE) dans ces demandes de devises :
- Plus de 20 milliards de dollars ont été demandés par des structures comptant entre zéro et cinq salariés.
- La majorité de ces micro-entreprises ont formulé des demandes d’importation comprises entre 3 millions et 600 millions de dollars.
Des exemples d’anomalies saisissants
L’investigation d’ Echorouk cite plusieurs cas révélateurs identifiés par les services du ministère :
- 3,5 milliards de dollars demandés par une entreprise de 9 salariés pour importer des piscines monoblocs et des équipements de loisirs.
- 600 millions de dollars sollicités par un opérateur pour l’achat de tissus et tapis, soit un montant supérieur aux demandes de grands groupes textiles historiques.
- 200 millions de dollars réclamés dans le secteur agricole par une entité ne déclarant qu’un seul employé pour l’acquisition de poussins.
Géolocalisation et croisement des données : le piège se referme
La plateforme numérique intègre désormais un croisement automatisé des données administratives et fiscales avec plusieurs institutions clés :
- Le Centre National du Registre du Commerce (CNRC)
- La Direction Générale des Impôts (DGI)
- Les caisses de Sécurité Sociale (CNAS / CASNOS)
En croisant les effectifs déclarés, la situation fiscale et la nature de l’activité, le système identifie automatiquement les dossiers atypiques.
De plus, l’obligation d’intégrer la géolocalisation précise des unités de production a permis de démasquer des ateliers fictifs ou installés dans de simples immeubles résidentiels, en totale contradiction avec le volume des opérations financières sollicitées.
Le contraste avec les grands groupes industriels
Alors que des structures de taille réduite tentent d’obtenir des volumes massifs de devises, les grandes entreprises industrielles nationales s’inscrivent dans une dynamique inverse.
En investissant dans la production locale, la sous-traitance et l’augmentation de leur taux d’intégration nationale, ces acteurs majeurs parviennent à réduire progressivement leurs factures d’importation, démontrant ainsi que le montant d’une demande d’importation ne reflète pas nécessairement l’importance économique d’une entreprise.
Protéger les réserves de devises et la production nationale
L’assainissement du fichier des importateurs ne vise pas à bloquer l’activité économique, mais à répondre à un triple objectif stratégique :
- Préserver les réserves de change (devises) de l’État contre la surfacturation.
- Protéger le produit national face à la concurrence déloyale.
- Garantir la transparence du marché de l’importation.
La numérisation du secteur établit désormais un principe fondamental pour la régulation du commerce extérieur : aucune autorisation d’importation ne sera accordée sans une réalité économique mesurable et justifiée sur le terrain.
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