La politique d’arabisation du système éducatif algérien face aux réalités de l’enseignement universitaire continue de susciter un débat profond.
Lors d’une intervention remarquée sur la chaîne El Khabar TV, Khaoula Taleb Ibrahimi — Maître de conférences à l’Université d’Alger et auteure d’une thèse de doctorat d’État en lettres et sciences humaines — a dressé un constat sans concession sur la transition linguistique subie par les étudiants algériens.
Une rupture linguistique majeure entre le lycée et l’université
Selon l’enseignante-chercheuse, l’école algérienne fait face à une incohérence systémique majeure. Si le parcours scolaire est entièrement arabisé jusqu’au baccalauréat, la réalité bascule brutalement dès l’entrée dans le supérieur pour les filières scientifiques.
« Les élèves étudient toutes les matières en arabe jusqu’au baccalauréat. Mais le grand paradoxe survient lorsque ceux qui s’orientent vers les sciences pures — mathématiques, filières techniques, médecine — se retrouvent contraints d’étudier exclusivement en français », explique Khaoula Taleb Ibrahimi.
La régression du français au lycée et le coût pour les étudiants
Cette rupture est d’autant plus délicate que le niveau d’enseignement de la langue française au secondaire a, selon elle, considérablement régressé ces dernières années. Les nouveaux bacheliers se retrouvent ainsi pris dans un étau méthodologique et linguistique.
Pour surmonter cet obstacle, de nombreux bacheliers pourtant brillants doivent consentir des sacrifices financiers personnels :
- Des moyennes élevées mais un handicap linguistique : Des étudiants obtenant le baccalauréat avec de très fortes mentions se retrouvent dans l’incapacité de suivre leurs cours universitaires en français.
- Des cours particuliers payants : Pour intégrer des cursus exigeants comme la médecine, l’ingénierie ou l’enseignement des mathématiques, ces étudiants doivent payer de leurs propres deniers des cours de soutien en langue française durant leur première année universitaire.
Un débat sans réponse institutionnelle
Khaoula Taleb Ibrahimi indique avoir interpellé à plusieurs reprises les responsables du secteur ainsi que ses pairs au sein des facultés scientifiques, sans jamais obtenir d’explications concluantes sur cette gestion du bilinguisme institutionnel.
Sans remettre en cause le principe fondamental de l’identité linguistique, l’universitaire pointe du doigt les failles d’exécution sur le terrain. Sa remise en question ne porte pas sur l’orientation politique elle-même, mais sur son efficacité pratique : « Dans quelle mesure la politique d’arabisation a-t-elle été réussie dans ses applications ? Je dis bien dans ses applications. »
Ce témoignage remet au centre de l’actualité la nécessité d’une harmonisation pédagogique entre le ministère de l’Éducation nationale et celui de l’Enseignement supérieur pour garantir la réussite académique des élites scientifiques de demain.
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