Paris reconnaît une « vérité de l’histoire » et saisit l’anniversaire des massacres du 8 mai pour tenter de renouer avec l’Algérie après des mois de tensions diplomatiques.
Une visite officielle chargée de symboles
Ainsi, ce vendredi 8 mai 2026, Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre française des Armées et des Anciens combattants, foule le sol algérien. Sa destination : Sétif, ville martyre, pour participer aux cérémonies marquant le 81ᵉ anniversaire des massacres du 8 mai 1945 — des événements où les forces coloniales françaises ont tué des milliers d’Algériens qui manifestaient pour leurs droits et leur indépendance.

La visite a été confirmée par un communiqué de la présidence française. Alice Rufo agit sur mandat direct d’Emmanuel Macron, qui lui a confié cette mission mémorielle à Sétif, Guelma et Kherrata, trois villes où la répression coloniale avait été la plus sanglante.
Paris assume : « une vérité de l’histoire » à regarder « en face »
Le communiqué de l’Élysée ne mâche pas ses mots. Ces massacres y sont qualifiés de « vérité de l’histoire » que la France entend désormais affronter sans détour. Paris affirme vouloir aborder les relations franco-algériennes « avec honnêteté » et « dans le respect de toutes les mémoires ».
Une formulation qui tranche avec les ambiguïtés du passé — et qui intervient dans un contexte de rapprochement prudent entre les deux capitales, après une période de froid diplomatique marquée notamment par la crise consulaire et le rappel des ambassadeurs.
Derrière le geste mémoriel, une agenda diplomatique concret
La visite ne se limite pas au recueillement. Alice Rufo sera reçue par les autorités algériennes pour évoquer les prochaines étapes de la consolidation des relations bilatérales. Au menu :
• La reprise de la coopération consulaire, saluée par Macron comme un premier signal positif
• La volonté d’amplifier les résultats déjà obtenus et de restaurer un dialogue « efficace et respectueux »
• Le cas de Christophe Gleizes, ressortissant français retenu en Algérie, présenté comme une « priorité »
Le retour de l’ambassadeur, signal fort d’une normalisation
Fait notable : l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, accompagne la ministre et reprend officiellement ses activités. Ce retour sur le terrain est présenté comme un signe concret de la volonté française de travailler sur tous les volets de la coopération bilatérale, « dans un esprit de réciprocité ».
Le choix du 8 mai n’est pas anodin. En Algérie, cette date est une plaie mémorielle profonde — et longtemps, la France l’a esquivée. En envoyant une ministre à Sétif précisément ce jour-là, Paris envoie un signal politique que les chancelleries des deux rives de la Méditerranée ne manqueront pas de décrypter.
La question qui reste posée : cette démarche mémorielle suffira-t-elle à fonder des relations franco-algériennes enfin stabilisées — ou restera-t-elle un geste isolé dans une relation structurellement fragile ?
