Le bilan de la Banque d’Algérie dépasse 21 113 milliards de dinars à fin novembre 2025, révélant une assise financière solide portée par l’or, les réserves extérieures et les titres d’État.
Cependant, derrière cette solidité comptable se pose la question centrale : comment transformer cette puissance monétaire en croissance économique réelle ?
La Banque d’Algérie a rendu public, via le Journal officiel (n°40), sa situation financière mensuelle au 30 novembre 2025. Le bilan global atteint 21 113,28 milliards de dinars, répartis à parts égales entre actif et passif — un équilibre comptable qui confirme la robustesse institutionnelle de la banque centrale et, au-delà, la santé financière globale de l’État algérien.
Un actif dominé par l’or, les placements et les titres d’État
L’analyse de la structure de l’actif livre plusieurs signaux forts sur l’état des réserves nationales. Ainsi, l’or occupe une place stratégique avec une valeur de 3 027,69 milliards de dinars, confirmant le choix délibéré de l’Algérie de conserver une réserve précieuse dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et les turbulences monétaires.
Les avoirs en devises étrangères s’élèvent à 1 368,62 milliards de dinars, complétés par 559,77 milliards de dinars en droits de tirage spéciaux (DTS), soit une présence significative d’actifs extérieurs liquides qui renforcent la capacité du pays à faire face aux chocs externes. Le poste le plus lourd de l’actif reste les titres financiers émis ou garantis par l’État : 8 164,41 milliards de dinars, dont :
- 2 550,21 milliards de dinars relevant de l’article 55 de la loi n°23-09 du 21 juin 2023
- 5 614,20 milliards de dinars relevant de l’article 45 bis de l’ordonnance n°03-11 du 26 août 2003
Ce volume témoigne de l’imbrication profonde entre politique monétaire et financement public — un trait structurel de l’économie algérienne. Les participations et placements représentent 4 951,85 milliards de dinars, auxquels s’ajoutent 382,89 milliards de dinars de souscriptions auprès d’organismes financiers multilatéraux, 1 082,64 milliards d’avances à l’État, 1 543,14 milliards de dépôts consignés et 289,24 milliards d’autres actifs.
Le passif : une masse monétaire fiduciaire record
Du côté du passif, le poste dominant est celui des billets et pièces en circulation : 9 654,89 milliards de dinars. Ce chiffre, qui représente près de la moitié du bilan total, traduit l’ampleur de la liquidité détenue par les ménages et les entreprises hors système bancaire — un indicateur majeur des habitudes de paiement encore largement fondées sur le cash en Algérie.
Les autres postes significatifs du passif comprennent :
- Compte courant créditeur du Trésor : 1 821,93 milliards de dinars
- Comptes des banques et institutions financières : 1 257,22 milliards de dinars
- Obligations internationales de paiement : 1 073,44 milliards de dinars
- Engagements liés aux allocations de DTS : 711,25 milliards de dinars
- Capital : 700 milliards de dinars
- Réserves : 946,15 milliards de dinars
- Provisions : 700 milliards de dinars
- Autres passifs : 4 764,65 milliards de dinars
Trois signaux forts sur la santé financière de l’Algérie
Tout d’abord, on retrouve des réserves diversifiées et solides. L’or (3 027 Mds DZD), les devises (1 368 Mds DZD) et les DTS (559 Mds DZD) forment un socle de réserves extérieures qui protège le dinar et offre une marge de manœuvre face aux fluctuations des marchés internationaux. Ensuite, l’Algérie dispose d’un financement public structurellement intégré. Les titres d’État (8 164 Mds DZD) et les avances au Trésor (1 082 Mds DZD) confirment que la Banque d’Algérie joue un rôle central dans le financement des dépenses publiques — un levier d’action mais aussi un risque inflationniste à surveiller. Enfin, le pays bénéficie d’une liquidité abondante. Avec près de 9 655 milliards de dinars en circulation, la masse fiduciaire révèle à la fois la confiance des Algériens dans le billet de banque et les limites encore importantes de la digitalisation des paiements.
Convertir la solidité monétaire en croissance productive
Ce bilan de plus de 21 000 milliards de dinars ne représente pas une trésorerie disponible pour les dépenses publiques. Il s’agit d’un état comptable global — réserves, obligations, liquidités, dépôts, engagements — qui reflète avant tout la stabilité de l’architecture monétaire algérienne.
La vraie question, à laquelle ni le bilan ni la comptabilité ne répondent, est celle de la transmission : comment les ressources financières gérées par la banque centrale se traduisent-elles en investissements productifs dans l’industrie, l’agriculture, les exportations hors hydrocarbures et les infrastructures ?
C’est là que réside l’enjeu stratégique majeur pour l’économie algérienne : transformer une puissance financière réelle en moteur de diversification économique durable, au-delà de la rente pétrolière.
