La culture amazighe est en deuil. Le monde de la musique kabyle vient de perdre l’une de ses figures de proue les plus emblématiques. Ali Aït Ferhat, universellement connu sous son nom de scène Ali Ideflawen, s’est éteint ce dimanche à Tizi Ouzou à l’âge de 69 ans, a-t-on appris auprès de sa famille.
L’occasion de revenir sur le parcours exceptionnel, la vie et l’œuvre d’un auteur-compositeur-interprète qui aura dédié son existence à la cause identitaire et à la liberté d’expression.
Les débuts d’un artiste engagé : De Timizart au groupe Ideflawen
Né le 16 janvier 1957 à Timizart, au cœur de la wilaya de Tizi Ouzou, Ali Aït Ferhat grandit en puisant son inspiration dans les racines de la Kabylie. C’est à la fin des années 1970 qu’il scelle son destin musical en cofondant le mythique groupe Ideflawen (« les neiges »), aux côtés de ses compagnons de route Lhacène Ziani et Zahir Adjou.
Très vite, le groupe se distingue par un style unique, mêlant mélodies traditionnelles et textes incisifs. Ali en devient la voix et l’âme, transformant la musique en un véritable vecteur de revendication culturelle et politique.
Une œuvre monumentale au service de l’identité amazighe
En plus de quarante ans de carrière, Ali Ideflawen a bâti une discographie impressionnante, riche d’une dizaine d’albums. Plus qu’un simple divertissement, son œuvre se veut un miroir des luttes de son peuple. À une époque où s’exprimer en tamazight relevait du défi, il a bravé la censure pour chanter la démocratie, la justice sociale et la reconnaissance de l’identité amazighe.
Parmi les chefs-d’œuvre qui composent son répertoire, plusieurs titres sont devenus de véritables hymnes intergénérationnels :
- Berwaghiya : Un titre poignant, symbole de la résistance et de l’enfermement politique.
- Awal : Une célébration de la parole libre et de la transmission de la langue.
- M’hend et Gtiyi abrid : Des morceaux ancrés dans le quotidien et les aspirations de la jeunesse kabyle. Ali Ideflawen n’était pas seulement un chanteur, il était la voix des sans-voix, un poète de la liberté qui a su toucher le cœur de millions de mélomanes..
Un héritage indélébile pour la culture berbère
Le départ d’Ali Ideflawen laisse un vide immense, mais son héritage musical reste intact. Il aura marqué des générations de Kabyles, transmettant le flambeau de la résistance culturelle aux plus jeunes à travers des textes d’une poésie rare et d’une force politique inégalée.
Aujourd’hui, la Kabylie pleure un homme humble et un artiste immense, dont les chansons continueront de résonner à travers les montagnes du Djurdjura et bien au-delà de la diaspora.
