Nouveau coup dur pour la liberté de mouvement et de la presse en Algérie. Le journaliste et dramaturge Mustapha Benfodil a été une nouvelle fois refoulé à l’aéroport international Houari-Boumediène d’Alger, alors qu’il s’apprêtait à s’envoler pour Marseille afin de participer à une résidence artistique à La Chartreuse (Villeneuve-Lez-Avignon).
Opposé à une Interdiction de sortie du territoire national (ISTN), l’auteur dénonce l’opacité d’une décision prise en dehors des voies légales et interpelle directement le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Un projet théâtral sur les essais nucléaires bloqué à l’aéroport
Mustapha Benfodil devait rejoindre la compagnie El-Ajouad du 3 au 11 septembre pour travailler sur la pièce de théâtre « GÉNÉRATIONS RADIEUSES », une œuvre dédiée aux conséquences des essais atomiques français dans le Sahara algérien. C’est la deuxième fois que cette mesure l’empêche de collaborer directement avec l’équipe artistique, après un premier refoulement survenu le 13 juillet dernier qui l’avait privé du Festival d’Avignon.
Origine de la mesure : un simple article sur le gaz de schiste
L’affaire remonte au 18 janvier 2026. Pour la première fois en plus de trente ans de carrière, le journaliste a été convoqué par les Renseignements généraux à Hydra suite à la publication d’une recension académique. L’objet du litige : une présentation du numéro 44 de la revue algérienne NAQD, consacrée aux enjeux du gaz de schiste.
Bien que la revue soit légalement distribuée et que l’article n’ait fait l’objet d’aucune plainte, une ISTN lui a été notifiée verbalement au motif que le sujet était « sensible ».
Un « périple kafkaïen » sans trace judiciaire
Face à ce blocage, Mustapha Benfodil a entamé des démarches auprès des plus hautes instances sécuritaires et judiciaires du pays (DGSN, DGSI, Ministère de la Justice, Parquet général, divers tribunaux d’Alger) pour s’enquérir de son dossier. Ses investigations ont révélé plusieurs anomalies flagrantes :
- Absence de poursuites : Aucun dossier judiciaire, aucun PV signé, aucune convocation devant un juge instructeur et un casier judiciaire vierge.
- Non-inscription au fichier : Son nom ne figure pas dans le fichier national de la police relatif aux personnes légalement sous ISTN.
- Violation du cadre légal : L’article 49 du Code de procédure pénale stipule qu’une ISTN doit émaner d’une ordonnance motivée du procureur, être notifiée par écrit et ne pas dépasser trois mois renouvelables une fois (hors terrorisme ou atteinte à la sûreté de l’État).
Appel au président Abdelmadjid Tebboune
Face à ce qu’il qualifie d’ISTN « administrative » et « extrajudiciaire », Mustapha Benfodil demande l’application du droit ou la levée immédiate de la mesure. S’appuyant sur l’article 49 de la Constitution algérienne qui garantit la liberté de circulation, il demande à être traduit devant la justice si un délit est retenu contre lui, ou à revoir ses droits pleinement rétablis dans le cas contraire.
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