Les exportations de l’Algérie en gaz naturel liquéfié (GNL), repartent à la hausse après un début d’année 2026 catastrophique.
Ainsi, les exportations algériennes, ont enregistré en mai leur meilleure performance depuis octobre 2025, portées par les turbulences géopolitiques au détroit d’Ormuz et la demande européenne soutenue. Décryptage d’un rebond stratégique.
1,04 million de tonnes : le retour aux standards habituels
En effet, les chiffres publiés par l’Unité de recherche en énergie (ERU) de Washington, repris par le portail spécialisé Attaqa, sont sans équivoque : l’Algérie a exporté 1,04 million de tonnes de GNL en mai 2026, soit un bond de 48,5% par rapport à avril (700 000 t) et une progression de 8,3% en glissement annuel sur mai 2025. Ce niveau — le plus élevé depuis les 1,09 million de tonnes d’octobre 2025 — tranche radicalement avec le plancher historique de 440 000 tonnes touché en janvier 2026, deuxième plus bas niveau jamais enregistré par le pays.
Sur les cinq premiers mois de 2026, les exportations cumulées atteignent 3,78 millions de tonnes, encore en recul de 5% face à la même période de 2025 (3,97 Mt). Le rattrapage est en cours, mais le déficit de début d’année pèse encore sur le bilan semestriel.
La fenêtre géopolitique que l’Algérie s’est empressée d’exploiter
Le timing de ce rebond n’est pas fortuit. Les perturbations des exportations des pays du Golfe, entravées par les tensions au niveau du détroit d’Ormuz, ont créé une brèche commerciale sur les marchés européens. L’Algérie, géographiquement proche de ses clients et totalement hors des zones de conflit, a su s’y engouffrer.
Sa double infrastructure de liquéfaction — les terminaux d’Arzew et de Skikda — offre une capacité totale estimée à 25,3 millions de tonnes par an, lui permettant de répondre rapidement aux besoins spot et contractuels. Un avantage concurrentiel que le pays n’hésite plus à valoriser face à une concurrence méditerranéenne en pleine recomposition. La production nationale de gaz naturel apporte elle aussi son soutien : +4,1% au premier trimestre 2026, un rythme qui donne des marges de manœuvre à Sonatrach pour alimenter les terminaux à pleine cadence.
L’Europe verrouillée : France en tête, Italie et Espagne au rendez-vous
La carte des destinataires de mai 2026 confirme l’ancrage européen de la stratégie commerciale algérienne :
1. France : 234 000 t — premier client pour le 3ème mois consécutif
2. Turquie : 203 000 t
3. Espagne : 200 000 t
4. Italie : 192 000 t
5. Croatie : 76 000 t
6. Pays-Bas : 68 000 t
7. Royaume-Uni : 61 000 t
La France consolide sa position de premier débouché, devançant une Turquie qui reste un client stratégique de premier plan. L’Espagne et l’Italie, reliées à l’Algérie par les gazoducs Medgaz et Transmed, diversifient leurs approvisionnements en GNL parallèlement au gaz par pipeline.
Un rebond à confirmer : les inconnues de l’été et de l’hiver
Mai 2026 s’inscrit dans une tendance de fond : après 938 000 tonnes en mars (+41% sur un mois), le pays enchaîne un second signal fort. L’objectif implicite est de compenser le recul de 18% des exportations enregistré sur l’ensemble de 2025. Mais les observateurs appellent à la prudence.
La demande européenne fléchit traditionnellement en été, et la concurrence sur le marché spot — Qatar, États-Unis, Australie — reste vive. La véritable jauge de la stratégie algérienne sera l’hiver 2026-2027, et sa capacité à maintenir un rythme d’expédition supérieur au million de tonnes mensuelles. En attendant, mai 2026 reste le mois de la remise en selle.
