Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a officiellement accueilli le pape Léon XIV à la Grande Mosquée d’Alger ce lundi 13 avril 2026, qualifiant sa visite d’« événement historique dans le sens absolu du terme ».
Ainsi, devant quelque 1 400 personnes réunies au centre de conférences Djamaa El Djazaïr — autorités politiques, corps diplomatique et société civile algérienne, le président Tebboune, a mis en exergue le « cachet historique » du souverain pontife.
« Bienvenue en terre d’Algérie, terre de grande histoire »
En effet, puisqu’il s’agit de la première venue d’un souverain pontife en Algérie depuis l’indépendance, ce moment solennel a été marqué par un discours présidentiel saluant les racines civilisationnelles communes et les ambitions partagées entre les deux nations.
Prenant la parole devant le souverain pontife, le président Tebboune a exprimé la fierté de toute une nation. « Au nom de l’Algérie, peuple, gouvernement et institutions, il m’est particulièrement agréable et honoré de vous souhaiter la bienvenue, Sa Sainteté le pape Léon XIV, en terre d’Algérie, terre de grande histoire, de rencontre des civilisations et de leur brassage, terre d’authenticité profondément enracinée », a-t-il déclaré. Le chef de l’État a insisté sur le caractère unique de cette visite, « porteuse des aspirations communes et des ambitions partagées » entre l’Algérie et le Saint-Siège.
De Saint Augustin à l’Emir Abdelkader : l’Algérie terre des grands hommes !
Ensuite, le président de la République a tenu à rappeler la dimension spirituelle et historique profonde qui lie l’Algérie à l’Église catholique. Il a évoqué la figure de saint Augustin, né à Thagaste — l’actuelle Souk Ahras — et évêque d’Hippone, aujourd’hui Annaba, qu’il a décrit comme « l’une des plus grandes figures de la pensée humaine dans l’histoire ». Un héritage que l’Algérie revendique pleinement et qui confère à cette visite une résonance spirituelle particulière pour le pape Léon XIV, qui se présente lui-même comme un fils spirituel d’Augustin.
Dans la continuité de ce rappel historique, Tebboune a également cité l’Émir Abdelkader, figure fondatrice de l’État algérien moderne, dont l’Algérie revendique et assume pleinement l’héritage. Ce faisant, le président a dressé le portrait d’une nation ancrée dans une tradition de dialogue, de résistance et d’humanisme, valeurs qu’il a présentées comme le socle des relations algéro-vaticanes.
« Je viens en pèlerin de paix »
De son côté, le souverain pontife a rappelé ses liens personnels avec l’Algérie. Fils spirituel de saint Augustin, il avait déjà foulé le sol algérien à deux reprises — en 2001 et 2013 — en tant que responsable de l’ordre augustinien. « Je viens parmi vous en pèlerin de paix, désireux de rencontrer le noble peuple algérien. Nous sommes frères et sœurs, car nous avons le même Père dans les cieux », a-t-il déclaré, avant d’appeler à dépasser les incompréhensions : « Rencontrons-nous et essayons de nous comprendre, en reconnaissant que nous formons une seule famille ! »
L’hospitalité algérienne et la « sadaka », leçon de justice
Dans le même ordre d’idées, le pape a rendu un hommage appuyé aux valeurs d’accueil et de solidarité profondément ancrées dans les communautés arabes et berbères. Il a salué la générosité du peuple algérien envers ses compatriotes comme envers les étrangers, évoquant la pratique de la sadaka — l’aumône — qu’il a replacée dans sa dimension première : celle de la justice. « Ne pas garder pour soi, mais partager ce que l’on a, est en effet une question de justice. Est injuste celui qui accumule des richesses et reste indifférent aux autres. » Une vision qu’il a qualifiée de « simple et radicale », car elle reconnaît en chaque être humain l’image de Dieu.
Une critique sans détour des inégalités mondiales
Ensuite, le Léon XIV n’a pas ménagé ses mots face aux déséquilibres qui traversent le monde contemporain. Une religion sans compassion et une vie sociale sans solidarité constituent, selon lui, « un scandale aux yeux de Dieu ». Il a dénoncé les sociétés « qui se croient avancées » mais sombrent dans l’inégalité et l’exclusion, ainsi que les pouvoirs et organisations qui « dominent sur les autres » et « détruisent le monde que le Très-Haut a créé pour que nous vivions ensemble ». Citant Benoît XVI sur la mondialisation, il a rappelé que mal gérée, elle « peut faire croître la pauvreté et les inégalités, et contaminer le monde entier par une crise », fera remarquer le chef de l’église catholique.
« Malheur à nous si… »
Enfin et dans l’un des passages les plus forts de son discours, le pape a évoqué la Méditerranée et le Sahara comme des « carrefours géographiques et spirituels d’une portée considérable ». Il a lancé un appel solennel : « Malheur à nous si nous en faisons des cimetières où meurt même l’espérance ! Libérons du mal ces immenses bassins d’histoire et d’avenir ! Multiplions les oasis de paix ! » Dénonçant ceux qui « tirent profit du malheur d’autrui », il a affirmé que « les gains de la spéculation sur la vie humaine, dont la dignité est inviolable, sont illicites ». Ces espaces géographiques et spirituels, a-t-il conclu, « nous murmurent que Dieu est vraiment grand et que nous vivons tout en sa présence mystérieuse ».
