Une affaire digne d’un scénario de film policier vient de livrer son verdict final. La cour criminelle d’appel près la cour de justice d’Oran s’est penchée sur le dossier d’un réseau d’escroquerie particulièrement audacieux.
Au centre de cette machination : un escroc de haut vol qui se faisait passer pour un général de l’armée afin de dépouiller ses victimes en leur vendant des biens prétendument saisis par l’État.
Voici les coulisses de cette affaire rocambolesque qui a coûté très cher à ses victimes, et notamment à une femme d’affaires originaire de Béjaïa.
« El Hadi » : le faux général qui dictait sa loi à Oran
Pour ferrer ses proies, le cerveau du réseau n’a pas hésité à usurper l’une des fonctions les plus respectées et redoutées. Se faisant appeler « El Hadi », cet imposteur se présentait avec assurance comme un général de la 2ᵉ Région militaire d’Oran.
Grâce à cette fausse identité très influente, il a réussi à mettre en confiance pas moins de 12 victimes. Parmi elles, une femme originaire de Béjaïa qui cherchait à investir dans l’immobilier. En lui faisant miroiter des opportunités exceptionnelles d’achats de biens saisis par la justice, le « faux général » a réussi à lui extorquer la somme faramineuse de 15 millions de dinars (soit 1,5 milliard de centimes).
Le mirage des biens confisqués à l’ex-patron de la police, Abdelghani Hamel
Pour rendre son mensonge infaillible, le faux général a surfé sur l’actualité brûlante de la lutte contre la corruption en Algérie. Il a affirmé à sa victime que les appartements et locaux commerciaux mis en vente par adjudication appartenaient à Abdelghani Hamel, l’ancien directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), confisqués après sa condamnation.
Le mode opératoire de l’arnaque :
- La mise en confiance : En janvier 2020, la victime est invitée à Oran où elle rencontre un complice se présentant comme un haut responsable de l’ancienne Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI).
- Les visites guidées : Les escrocs font visiter à la victime plusieurs biens réels situés dans les quartiers huppés d’Oran (Es-Seddikia, El Hamri et Saint-Pierre).
- Le passage à la caisse : Séduite, la victime verse d’abord un premier montant de 10,5 millions de dinars, suivi d’un second versement de 5 millions de dinars, complété par 75 000 dinars pour de prétendus « frais de transfert ».
Un arsenal de faussaire digne d’une administration parallèle
Pour finaliser l’escroquerie, le réseau du faux général n’a pas lésiné sur les moyens administratifs. Ils ont remis à leur victime de faux arrêtés de cession prétendument signés par la wilaya d’Oran.
C’est en se rendant directement aux bureaux de la wilaya pour récupérer ses clés que la victime a découvert le pot aux roses : aucun document n’existait, les biens n’étaient pas à vendre, et le « général » n’était qu’un imposteur.
L’enquête policière qui a suivi a permis de mettre au jour une véritable usine à faux documents :
- Un bureau clandestin installé au sein même des locaux de l’ANDI.
- Des dizaines de faux cachets officiels saisis (Wilaya d’Oran, OPGI, Conservation foncière).
- Une multitude de faux justificatifs fiscaux et contrats contrefaits.
Simulation de folie et mutisme : la dernière carte de l’escroc
Démasqué, le principal accusé a tout tenté pour échapper aux mailles du filet judiciaire. Durant l’instruction, il a simulé la folie dans l’espoir d’être déclaré irresponsable pénalement. Manque de chance pour lui, l’expertise psychiatrique a rapidement conclu à une parfaite santé mentale.
Lors de son procès en appel, le faux général a tenté une dernière carte théâtrale en feignant d’avoir perdu l’usage de la parole, tandis que ses complices passaient aux aveux.
Le verdict de la cour d’appel d’Oran
Bien que le parquet ait requis une peine de 10 ans de prison ferme contre les membres de cette association de malfaiteurs, la cour d’appel a rendu son verdict final :
- Le faux général (principal accusé) : condamné à 6 ans de prison ferme (sa peine ayant été réduite par rapport aux 8 ans de la première instance).
- Les complices (au nombre de six) : condamnés à 5 ans de prison ferme chacun.
- Quatre autres accusés poursuivis dans cette affaire ont quant à eux été acquittés.
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