Après la Slovénie, la République tchèque et l’Allemagne, c’est désormais l’Autriche qui tourne son regard vers Alger et son gaz
Ainsi, Vienne a officiellement exprimé son intérêt pour le gaz algérien, illustrant un réalignement énergétique progressif qui se dessine à l’échelle européenne.
Le pari du Sud dans un contexte de recomposition énergétique
En effet, selon des déclarations rapportées par l’agence Reuters, la secrétaire d’État autrichienne à l’Énergie, Elisabeth Zehetner, a confirmé que son pays entendait renforcer ses importations en provenance d’Afrique, en s’appuyant notamment sur le gazoduc Transmed, cette infrastructure stratégique reliant l’Algérie à l’Italie avant de desservir d’autres marchés européens.
Ce regain d’intérêt ne relève pas du hasard. Depuis la réduction drastique des importations de gaz russe, les capitales européennes s’emploient à repenser leurs équilibres énergétiques. Si le recours accru au GNL américain a permis d’amortir le choc, il a également ravivé une crainte : celle de recréer une dépendance excessive à un fournisseur unique, dans un environnement géopolitique incertain.
Dans ce contexte, l’Algérie apparaît comme une alternative crédible.
Dotée de réserves importantes, bénéficiant d’une proximité géographique avec l’Europe et d’une réputation de partenaire fiable, elle s’impose comme un pilier potentiel de la sécurité énergétique du continent. Le message envoyé par Bruxelles ces dernières semaines va d’ailleurs dans le même sens. En début de mois, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, s’est rendu à Alger pour consolider le partenariat énergétique entre l’Union européenne et l’Algérie. Un déplacement qui a été interprété comme un signal clair invitant les États membres à renforcer leurs liens avec les fournisseurs du sud de la Méditerranée.
Une relation qui dépasse le simple gaz
En outre, l’intérêt autrichien ne se limite pas aux flux gaziers traditionnels. Vienne est déjà engagée dans le projet du SoutH2 Corridor, un vaste corridor d’hydrogène vert destiné à relier l’Afrique du Nord à l’Europe centrale. L’Algérie y occupe une place stratégique, aux côtés de l’Italie et de l’Allemagne, dans ce chantier structurant pour l’avenir énergétique européen.
Sur le terrain, la coopération s’est concrétisée ces derniers mois. Le groupe autrichien Zangas, en partenariat avec la société suisse Filada, a obtenu une licence d’exploration portant sur le développement du bloc Toual, dans le cadre du Bid Round 2024 lancé par l’Algérie.
Le contrat d’hydrocarbures, de type « Participation », a été signé le 21 juillet 2025, marquant une première implantation directe pour l’entreprise autrichienne sur le sol algérien.
Cette dynamique pourrait s’amplifier avec le nouvel appel d’offres international que les autorités algériennes préparent pour le premier semestre, suscitant déjà l’attention de plusieurs acteurs étrangers.
Sonatrach, un acteur courtisé en Europe
Par ailleurs et au cœur de cette recomposition, Sonatrach consolide sa position sur le marché européen. La compagnie nationale voit son portefeuille de clients s’élargir progressivement sur le Vieux Continent, dans un contexte où la diversification des sources d’approvisionnement est devenue une priorité stratégique.
La position d’Alger s’en trouve renforcée. Dans un marché marqué par l’incertitude, le fournisseur algérien bénéficie d’un pouvoir de négociation accru, porté par la demande soutenue des États européens. Lors de la réunion des ministres de 38 pays de l’OCDE à Paris, Elisabeth Zehetner a résumé le dilemme européen en des termes particulièrement lucides : si la production nationale reste la solution la plus sûre, l’Europe sait qu’elle demeurera dépendante du gaz pour plusieurs décennies encore. Toute la question réside désormais dans la gestion de ces dépendances.
Enfin et en attendant que les énergies renouvelables atteignent leur pleine maturité, le gaz naturel continue d’occuper une place centrale dans la transition énergétique du continent. Et dans cette équation, l’Algérie semble déterminée à s’imposer comme un partenaire incontournable pour l’Europe des prochaines décennies.
