L’Algérie achète moins de lait en poudre sur les marchés internationaux. Le recul des importations algériennes de produits laitiers commence à produire des effets visibles chez certains fournisseurs étrangers.
En Uruguay, l’évolution des exportations en août illustre cette nouvelle tendance : les ventes de produits laitiers vers l’Algérie ont enregistré une chute spectaculaire, alors que le pays accélère parallèlement ses investissements dans la production locale.
Les exportations uruguayennes fortement affectées
En effet, selon les dernières données publiées par l’organisme Uruguay XXI, les exportations uruguayennes de produits laitiers se sont établies à 64 millions de dollars en août 2026, contre 90 millions de dollars un an auparavant. Sur une année, le recul atteint ainsi 29 %.
Le marché algérien a particulièrement contribué à cette contraction. Les achats algériens de produits laitiers en provenance d’Uruguay sont passés de 41 millions de dollars en août 2025 à seulement 5 millions de dollars en août 2026, soit une diminution de 88 %.
Cette baisse s’est également répercutée sur les exportations uruguayennes à destination du continent africain, qui ont diminué de 64 % sur un an en août.
Au-delà du cas uruguayen, cette évolution intervient dans un contexte de réduction progressive de la dépendance de l’Algérie aux approvisionnements extérieurs.
Une facture d’importation encore lourde
Le marché algérien demeure pourtant l’un des grands consommateurs de produits laitiers importés. D’après les données de la FAO, le pays a acheté en moyenne 431.270 tonnes par an entre 2020 et 2024, en incluant notamment le lait en poudre, le beurre et le fromage.
Le niveau le plus élevé de cette période a été enregistré en 2022, avec 452.812 tonnes importées.
Sur le plan financier, ces achats ont représenté en moyenne 1,61 milliard de dollars par an sur la même période, avec une facture ayant avoisiné les 2 milliards de dollars en 2022.
La réduction des importations représente donc un enjeu majeur pour les finances extérieures du pays. Elle permet à la fois de limiter les sorties de devises et de renforcer la sécurité des approvisionnements grâce à une production davantage intégrée localement.
Baladna accélère la transformation du secteur
Cette nouvelle orientation s’accompagne de projets industriels et agricoles de grande ampleur. Le plus important reste le complexe laitier intégré développé à Adrar par Baladna Algérie, en partenariat avec le Fonds national d’investissement (FNI).
Le programme prévoit à terme un cheptel pouvant atteindre 270.000 vaches, avec une intégration de plusieurs maillons de la chaîne, depuis la production de fourrages jusqu’à la transformation industrielle du lait.
Les investissements annoncés dépassent déjà 1,1 milliard de dollars, répartis entre plusieurs phases lancées en 2025 et 2026.
La première étape comprend notamment la mise en valeur d’environ 100.000 hectares, l’installation de près de 700 pivots d’irrigation, deux exploitations d’élevage et une unité dédiée à la production de lait en poudre.
Le premier cheptel de vaches laitières en provenance des États-Unis est attendu en novembre 2026, tandis que les premières productions de poudre de lait du complexe sont prévues pour fin 2027.
Le secteur public renforce également ses capacités
La stratégie ne se limite toutefois pas au projet d’Adrar. L’Algérie cherche également à moderniser et à accroître les capacités de ses infrastructures industrielles existantes.
Une nouvelle unité du groupe public Giplait a notamment été inaugurée à Rouiba en février dernier. Installée sur une superficie de quatre hectares, cette laiterie dispose d’une capacité annoncée de 1.200 tonnes de lait par jour.
À travers ces différents investissements, l’objectif est progressivement de substituer une partie des approvisionnements importés par une production nationale plus importante.
La chute de 88 % des achats algériens auprès de l’Uruguay constitue ainsi un indicateur particulièrement révélateur : derrière la baisse des commandes d’un fournisseur se dessine une réorganisation plus profonde du marché laitier algérien, avec la montée en puissance attendue de la production locale.
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