Rompant un silence post-électoral qu’elle a qualifié de « plus haute forme de sagesse », Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), s’est exprimée ce mercrdi 8 juillet depuis le siège du parti à Alger.
Tout en qualifiant la campagne de sa formation de « victoire politique », la figure de proue de l’opposition a dressé un réquisitoire sévère contre l’organisation des élections législatives de juillet 2026 en Algérie.
Au cœur de son intervention : le taux d’abstention massif avoisinant les 80 %, qu’elle interprète comme un signal politique majeur nécessitant des réformes urgentes.
L’abstention de 80 % et les bulletins nuls : « Un message politique »
Pour le Parti des travailleurs, le principal enseignement de ce scrutin réside dans le fossé qui s’est creusé entre les institutions et le corps électoral. Avec une participation s’établissant à un peu plus de 21 % à l’échelle nationale, Louisa Hanoune estime que l’abstention massive de près de 80 % des électeurs constitue une « position collective » et un désaveu conscient.
« Près d’un million de bulletins nuls ont été enregistrés. Ce chiffre inédit reflète un profond sentiment de frustration chez une large partie des citoyens. » – Louisa Hanoune, SG du PT.
Selon la dirigeante politique, cette désaffection électorale majeure s’explique principalement par la dégradation des conditions socio-économiques des Algériens. Elle cite notamment :
- La baisse continue du pouvoir d’achat ;
- Le chômage endémique, en particulier chez les jeunes ;
- La crise du logement et les difficultés croissantes à fonder un foyer.
Mme Hanoune a pointé du doigt la responsabilité des partis ayant siégé au Parlement ou participé au pouvoir, tout en insistant sur le fait que le PT « n’assume aucune responsabilité dans l’exercice du pouvoir ».
Dysfonctionnements et critiques de l’ANIE
Le PT n’a pas ménagé l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), jugée impréparée pour ce scrutin de 2026. Louisa Hanoune a dénoncé une série d’irrégularités et d’incidents graves survenus le jour du vote :
- Coupures d’Internet durant les opérations de dépouillement ;
- Entraves aux observateurs, interdits d’assister au décompte ou privés de procès-verbaux (PV) ;
- Invalidation jugée illégale de plusieurs listes du PT dans certaines wilayas ;
- Soupçons de manipulations de PV électoraux.
Malgré ces obstacles et une campagne médiatique et électronique ciblée contre sa personne, la secrétaire générale considère que le PT sort renforcé de cette séquence grâce à l’adhésion de nombreux nouveaux militants sur le terrain.
Les 3 propositions du Parti des Travailleurs pour sortir de la crise
Pour éviter ce qu’elle nomme une « politique de fuite en avant », Louisa Hanoune exhorte les plus hautes autorités de l’État à réagir. Le PT soumet ainsi trois priorités urgentes pour restaurer la confiance et garantir la stabilité du pays :
- La révision immédiate de la loi électorale afin de garantir des scrutins plus transparents et inclusifs.
- La prise en compte du message des abstentionnistes pour analyser en profondeur les causes de la rupture démocratique.
- L’ouverture de l’espace médiatique pour engager un véritable débat national approfondi sur les résultats et l’avenir des institutions.
Sur le plan géopolitique, la chef de file du PT a conclu en rappelant les fondamentaux de son parti, réitérant son soutien indéfectible aux causes palestinienne et libanaise, ainsi qu’à la Syrie et l’Iran, tout en réaffirmant son rejet absolu de toute normalisation avec Israël. Elle espère désormais des mesures concrètes du pouvoir pour redonner espoir aux citoyens.
