En dépit des efforts des formations politiques et des candidats libres engagés dans les élections législatives de ce jeudi 2 juillet 2026, l’abstention demeure le grand vainqueur de ce scrutin.
En effet, l’Autorité indépendante des élections (ANIE), vienne d’annoncer le taux participation pour ces législatives : 20.79% à la clôture des bureaux de vote, soit 4 963 433 votants, pour plus de 24 millions d’inscrits.
Ainsi, ce faible taux de participation, même s’il reste dans la fourchette des législatives de 2021 (23,02 %), traduit une rupture nette entre les citoyens et la politique, ou du moins entre les électeurs et leurs représentants potentiels.


Une démobilisation qui renseigne sur le peu de crédit qu’accordent les citoyens à ceux qui sont censés, du moins sur le papier, porter leur voix et leurs préoccupations au sein de la Chambre basse du Parlement.
La campagne du folklore et du populisme
En effet, il faut bien le dire et le reconnaître : les divers partis politiques engagés dans ces législatives ont offert aux potentiels électeurs, lors de la campagne électorale et même bien avant celle-ci, un spectacle des plus affligeants, indigne d’un débat politique digne de ce nom. Populisme, folklore, fanfaronnades et engagements fantaisistes étaient de la partie.
Entre un chef de parti qui jure par tous les saints que le citoyen lambda « peut aisément » remplir son panier à provisions avec seulement 1000 DA, un autre leader qui « implore » les électeurs d’une région d’Algérie de « prier pour lui et ses camarades » afin d’entrer au Paradis, ou encore le chef de file d’un parti dit d’opposition qui ose faire des promesses surréalistes aux retraités, la campagne électorale pour ces législatives de juillet 2026 aura été non seulement insipide, mais pire encore, d’un niveau au ras des pâquerettes.
Des électeurs lucides face à la médiocrité
Devant une telle débauche de médiocrité, le citoyen n’est pas dupe. Il a l’impression, à juste titre, que les candidats « prennent les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages ». Pas le moindre programme viable à proposer, ni même un engagement tenable et concret à formuler, et encore moins une vision pour l’Algérie une fois installé au boulevard Zighout Youcef. À la place, les candidats à la députation déroulent sans la moindre gêne de vagues idées suggérées par intelligence artificielle, espérant ainsi appâter le chaland.
Néanmoins, les électeurs ne s’en laissent pas conter. Les plus courtois leur prêtent une oreille distraite et sans grande conviction. Les plus expéditifs n’hésitent pas à leur rire au nez avant de les convier à « aller voir ailleurs si s’ils y sont ».
Une scène révélatrice à Bouira
Un échange ayant eu lieu à Bouira entre un citoyen et le candidat d’un parti bien ancré dans la région traduit on ne peut mieux cette fracture entre la classe politique et le peuple : « Je ne te connais pas et je n’ai pas confiance en toi pour te donner ma voix. Toi et tes semblables n’avez cure de nos problèmes et de nos besoins. Une fois au Parlement, tu oublieras jusqu’au nom de la ville qui t’a élu. Laisse-moi tranquille ! », a lancé un jeune citoyen au candidat qui tentait de rester imperturbable.
Ce prétendant à la députation a essayé de convaincre son interlocuteur en lui signifiant que « les choses ont changé » et que, désormais, « le député a un véritable pouvoir » d’améliorer le quotidien des Algériens. Peine perdue. « Je ne suis pas intéressé, merci. J’espère que tu seras élu, comme ça on ne te reverra pas ici pendant cinq ans ! ». Un échange vif, intense, et qui en dit long sur le désamour profond entre la population et ses politiciens.
Pouvoir et opposition renvoyés dos à dos
Certaines voix, appartenant notamment au camp de l’opposition — du moins telle qu’elle aime se définir —, imputent cette méfiance, voire défiance des citoyens, aux autorités qui auraient, selon elles, « verrouillé le jeu politique ».
Néanmoins, cette thèse ne tient plus la route au moment même où cette opposition décide enfin de participer aux élections et de se confronter au verdict des urnes. Ces législatives du 2 juillet 2026 ont prouvé une chose : le camp du pouvoir et celui de l’opposition se valent aux yeux des citoyens. En Kabylie, fief historique et traditionnel du FFS et du RCD, les meetings de ces derniers sonnaient désespérément creux. À Tizi-Ouzou, ces deux formations ont organisé des rassemblements dans des salles clairsemées, exception faite des jours où leurs leaders respectifs étaient de passage.
L’opposition ne peut, du moins pour ce scrutin, arguer du moindre blocage de la part des autorités, notamment de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Cette dernière s’est en effet astreinte au rôle que la loi lui confère : organiser, superviser et surveiller d’éventuels dérapages. Dans un passé pas si lointain, l’administration s’immisçait certes sans vergogne dans les scrutins. Or, pour ces législatives, et de l’aveu même de l’ensemble des formations politiques (y compris celles de l’opposition), l’ANIE a fait montre d’une neutralité exemplaire.
À l’heure des bilans, une réalité s’impose : la neutralité de l’ANIE n’a servi qu’à mesurer, avec une précision chirurgicale, le gouffre qui sépare le peuple de ses élites. En feignant d’ignorer la détresse du quotidien pour ne servir qu’un spectacle de bas étage, le pouvoir et l’opposition ont récolté ce qu’ils ont semé : l’indifférence. Au boulevard Zighout Youcef, les futurs députés siégeront peut-être, mais ils prêcheront définitivement dans le désert.
