Relier la côte méditerranéenne au cœur de l’Ahaggar par voie ferrée n’est plus une simple esquisse sur les planches des bureaux d’études.
Ce mardi 22 septembre 2026, le gouvernement algérien a donné un coup d’accélérateur décisif à l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux de l’histoire du pays : la ligne ferroviaire Nord-Sud.
C’est une véritable colonne vertébrale d’acier qui s’apprête à traverser le Sahara. Lors d’une réunion de coordination aux allures de conseil de guerre économique, le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a sonné la mobilisation générale. L’objectif est clair : lever les ultimes obstacles bureaucratiques et logistiques pour lancer le méga-chantier de la ligne ferroviaire reliant Alger à Tamanrasset.
Ce projet structurant, d’une importance stratégique capitale pour l’État algérien, promet de redessiner la géographie économique du pays en connectant les métropoles du Nord aux vastes étendues du Sud, via les wilayas de Laghouat, Ghardaïa, El Menia et In Salah.
Un tracé titanesque à travers le désert
Le défi d’ingénierie est colossal. Traverser le Sahara implique de dompter des conditions climatiques extrêmes, des reliefs complexes et des mers de sable. Lors de la rencontre de mardi, les responsables ont scruté à la loupe l’état d’avancement des préparatifs sur plusieurs tronçons névralgiques du tracé.
Parmi les segments prioritaires qui verront bientôt les bulldozers et les poseurs de rails entrer en action, figurent l’axe Laghouat-Ghardaïa-El Menia, long de 495 kilomètres, ainsi que le tronçon reliant El Menia au Point Kilométrique 216. Plus au sud, aux portes de l’Ahaggar, la ligne Tamanrasset-Moulay Lahcene (213 km) est également sur les starting-blocks.
Pour répondre à ce défi territorial, le ministère a exigé des autorités locales — notamment les directeurs des travaux publics d’El Menia, Ghardaïa, Ouargla et Laghouat — une facilitation absolue sur le terrain. L’heure est à la « levée des contraintes » pour permettre une installation rapide et efficace des bases de vie et des chantiers.
Une armada d’entreprises nationales et internationales
Pour bâtir ce monument d’infrastructure, l’Algérie a rassemblé une véritable armada de constructeurs. Le pilotage des opérations est assuré par l’Agence Nationale d’Études et de Suivi de la Réalisation des Investissements Ferroviaires (ANESRIF), véritable chef d’orchestre de cette symphonie logistique.
Autour de la table mardi, se trouvaient les fleurons de l’industrie nationale des travaux publics : les groupes Cosider (avec ses filiales Travaux Publics et Ouvrages d’Art), Infra Rail, la SNTP, l’ENGOA, Sero Est, Sapta, sans oublier l’entreprise GCB. La conception et la vérification technique s’appuient sur l’expertise des bureaux d’études Seti Rail et Saeti, appuyés par le Laboratoire des Travaux Publics de l’Est (LTPO).
Preuve de l’envergure internationale du projet, l’expertise étrangère est également convoquée. Les géants chinois de la construction, CRCC (China Railway Construction Corporation) et CCECC (China Civil Engineering Construction Corporation), figurent parmi les partenaires stratégiques appelés à apporter leur savoir-faire dans la réalisation de mégaprojets ferroviaires en milieu hostile.
Des enjeux stratégiques et économiques majeurs
Au-delà de la prouesse technique, la ligne Alger-Tamanrasset est un levier de souveraineté et de développement. Comme l’a martelé le ministre Abdelkader Djellaoui, ce projet revêt une « importance stratégique ».
Il ne s’agit pas seulement de transporter des voyageurs, mais de créer un corridor logistique capable de propulser le commerce transsaharien. Cette ligne va désenclaver les régions du Sud, réduire drastiquement les coûts de transport des marchandises, faciliter l’exploitation des ressources naturelles et positionner l’Algérie comme la porte d’entrée incontournable de l’Afrique subsaharienne.
Le compte à rebours est lancé
À l’issue de cette réunion marathon, le message du ministère se veut intransigeant sur les délais. Le ministre a exhorté l’ensemble des acteurs à « intensifier la coordination et le suivi » et à mobiliser toutes les ressources humaines et matérielles requises.
Les plans de charge sont validés, les chantiers sont en cours d’aménagement et les bases logistiques prennent forme. Le train de l’histoire est en marche : le coup d’envoi effectif des travaux sur le terrain est imminent, marquant le début d’une nouvelle ère pour le transport algérien.
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