samedi, septembre 26

Le paysage minier algérien est en pleine mutation. Selon le dernier rapport de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS) publié fin août 2026, la balance commerciale des minerais en Algérie révèle des dynamiques complexes qui dépassent le simple cadre de l’extraction.

Avec 4,7 milliards de dollars d’importations face à 1,47 milliard de dollars d’exportations en 2024, le pays affiche certes un déficit de 3,23 milliards de dollars, mais ces chiffres traduisent avant tout une économie en pleine industrialisation, assoiffée de métaux de base, et en transition vers une chaîne de valeur 100 % locale.

De la Chine aux États-Unis, en passant par le Canada, l’Inde et la Turquie, décryptage de la nouvelle cartographie minérale de l’Algérie et des mégaprojets qui redessinent son avenir.

Entrre déficit commercial et forte demande industrielle

L’écart entre les importations et les exportations minérales de l’Algérie ne reflète pas une carence en ressources géologiques. Il illustre plutôt l’explosion de la demande locale en produits minéraux transformés, essentiels aux secteurs de la construction, de l’énergie, des transports et de l’industrie manufacturière.

Le rapport de l’USGS, qui se concentre sur trois grandes catégories (minerais/scories, minéraux industriels bruts, métaux communs), dresse un tableau clair de cette dépendance aux produits semi-finis :

  • Les métaux communs et leurs ouvrages représentent l’écrasante majorité des importations algériennes, totalisant 3,85 milliards de dollars (soit 82 % des importations minérales étudiées).
  • La Chine s’impose comme le partenaire incontournable, fournissant 47 % de ces métaux communs (environ 1,81 milliard de dollars).

L’Algérie importe également pour 740 millions de dollars de minerais métalliques et scories, approvisionnés majoritairement par le Canada (36 %, soit 266,4 M$) et le Brésil (31 %, soit 229,4 M$). Ces données placent la transformation industrielle au centre de l’équation économique : l’enjeu pour l’Algérie n’est plus seulement d’extraire, mais de substituer ces importations massives par une production locale.

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La nouvelle carte des exportations minérales algériennes

Si les importations sont dominées par l’Asie et les Amériques, les exportations algériennes (1,47 milliard de dollars au total) révèlent une stratégie de diversification des marchés :

  • Minéraux industriels bruts (580 millions $) : L’Inde absorbe 17 % de ces exportations (environ 98,6 M$), talonnée par les États-Unis avec 14 % (81,2 M$).
  • Métaux communs et ouvrages (860 millions $) : La Turquie se positionne comme le principal débouché, captant 29 % des ventes algériennes (249,4 M$).
  • Minerais et produits primaires (30 millions $) : L’Italie reste une destination clé, absorbant un quart de ces volumes (7,5 M$).

Cette diversité prouve que la base d’exportation de l’Algérie ne dépend plus d’un marché unique, s’ouvrant largement sur des puissances industrielles mondiales.

Gara Djebilet et Bled El Hadba en figures de proue

Pour inverser la tendance des importations, l’Algérie mise sur des mégaprojets structurants qui entrent, en cette année 2026, dans des phases décisives. Si les chiffres de 2024 montraient un recul ponctuel de la production de minerai de fer (-9,9 %) et de phosphate (-12,5 %), les infrastructures actuelles viennent changer la donne.

Gara Djebilet et la Sidérurgie Nationale

La production nationale de fer de réduction directe (DRI) et d’acier brut est en constante augmentation (atteignant respectivement 4,6 millions et 4,52 millions de tonnes en 2024). Pour alimenter cette industrie gourmande, la ligne ferroviaire minière Gara Djebilet–Tindouf–Béchar (950 km) est officiellement entrée en exploitation en février 2026. Cette artère logistique permet désormais d’acheminer massivement le brut vers les complexes sidérurgiques du nord, réduisant drastiquement la dépendance aux intrants étrangers.

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Bled El Hadba : La révolution du phosphate

Avec des réserves estimées par les États-Unis à 2,2 milliards de tonnes (soit 80 ans d’exploitation), le phosphate algérien entame sa mue. La pose de la première pierre du complexe d’extraction et de valorisation de Bled El Hadba le 24 septembre 2026 marque la fin de l’ère de la vente de roche brute. L’objectif fixé, avec le lancement imminent d’une usine d’acide phosphorique, est de produire localement des engrais et des produits chimiques à très haute valeur ajoutée.

Hélium et Ammoniac : des atouts stratégiques sur le marché mondial

Au-delà des métaux traditionnels, le rapport américain souligne le poids de l’Algérie sur le marché très restreint des gaz stratégiques.

L’Algérie, 4e producteur mondial d’hélium Indispensable à l’industrie médicale (IRM), à l’aérospatiale et à l’électronique de pointe, l’hélium algérien s’exporte massivement. Avec une production de 11 millions de mètres cubes en 2024 (+22,2 % sur un an), le pays détient 6 % des parts du marché mondial. La France (37 %) et le Royaume-Uni (14 %) en sont les principaux acheteurs, mais l’Algérie assure également 10 % des importations totales des États-Unis.

Stabilité pour la production d’ammoniac La production d’ammoniac s’est stabilisée autour de 2,03 millions de tonnes. Les investissements industriels, à l’image de la nouvelle chaudière installée par Sorfert Algérie (coentreprise Fertiglobe-Sonatrach), sécurisent cette production face aux aléas d’approvisionnement énergétique.

De la mine à l’usine : le pari du gouvernement

Le rapport de l’USGS confirme que l’Algérie traverse une phase charnière. La cartographie commerciale actuelle, où le pays exporte des ressources brutes vers l’Occident et l’Asie tout en important massivement des produits manufacturés chinois, est vouée à évoluer.

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La véritable bascule se joue aujourd’hui : la mise en service des pôles logistiques et industriels liés à Gara Djebilet, Bled El Hadba, ainsi qu’aux gisements de zinc et de plomb, vise une substitution massive aux importations. Dans les prochaines années, le secteur minier algérien devrait achever sa mue, passant d’un simple extracteur de matières premières à une chaîne de valeur intégrée et hautement lucrative.

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Dr. Rym Boulanouar, rédactrice au sein du journal digital Just Info DZ. Spécialisée dans les questions énergétiques et économiques, elle s’intéresse particulièrement aux enjeux liés à la transition énergétique en Afrique et à l’évolution des marchés pétroliers et gaziers. À travers ses articles, elle propose une lecture claire et structurée de l’actualité, alliant rigueur de l’information et accessibilité.

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